Mon amour ou mon cocu : ce qu’il faut comprendre de ces femmes Sénégalaises

Mon amour ou mon cocu : ce qu’il faut comprendre de ces femmes Sénégalaises
mer. 7 oct. 2020, Looybi

Quand je sors, ils ne me demandent même pas où je vais.» En effet, sa liberté, elle le doit à la triste condition sociale dans laquelle vit sa famille. Et c’est tant mieux si elle constitue désormais une charge en moins.

C’est comme qui dirait, une mode. Beaucoup de filles ou femmes exercent la pratique du "Mbaraan". Elle consiste à collectionner des partenaires, uniquement pour des raisons économiques. La stratégie est différente d’un quartier à l’autre, d’une fille à une autre. Et, même si les femmes sont toujours désignées du doigt comme étant les seules responsables de ce phénomène social, il arrive que les hommes jouent le jeu de ces «réfugiées économiques». Aïcha, Aïda et Adia sont trois jeunes filles. Elles ont en commun la pratique du "Mbaraan". Et ne se privent pas dans la collection des partenaires. Des partenaires qui sont tous cocus, mais chacun croit être l’unique élu. Aïcha habite aux Hlm. C’est une fille bien servie par la nature. Belle, avec un physique athlétique, teint clair, «yeux de bœuf» provocateurs, un très beau nez, bouche gourmande et sensuelle, elle est comme une déesse. Une fille de rêve ! Ses sorties et son passage dans les rues du quartier focalisent sur elle tous les regards. Elle ne laisse personne de marbre. Ce n’est pas seulement son parfum enivrant qui attire toutes les attentions, mais son look. Sa façon de s’habiller est plus que captivante. Elle s’arrange toujours pour mettre des habits qui mettent en valeur sa féminité. Elle est souvent en jeans taille basse et laisse apparaître, avec des suggestions, devant tout comme derrière. Et pour elle, «tout commence par cette image qu’elle laisse aux gens, et cela agit directement sur les hommes». Aïcha ajoute : «Je fais exprès de saluer les hommes que je dépasse d’une voix douce, comme pour les inviter à me rendre visite.» C’est en substance, la stratégie qu’utilise Aïcha pour embarquer les hommes dans son jeu. Et, à 22 ans, elle a presque tout ce qu’il faut pour plaire aux hommes qui mordent à son hameçon. Ayant quitté l’école un peu tôt, elle ne travaille pas et vit chez sa grand-mère, sa mère étant à l’étranger. Elle est née hors mariage. D’ailleurs, son père n’a pas épousé sa maman et vit avec une autre femme. Presque laissée à elle même, Aïcha cherche toujours «comment trouver de l’argent pour prendre soin d’elle et ainsi que de sa grand-mère. Surtout qu’elle aime vivre et s’habiller comme les filles de son âge». C’est ainsi que son seul recours est la multiplication des partenaires qui l’assistent socialement et qui ne savent pas que leur copine triche avec eux. Ainsi, elle ne manque de rien. Aïcha est toujours habillée «dernières tendances». Au salon de coiffure, son abonnement est plus que régulier. Elle se permet même de filer des fringues à ses copines qui n’ont pas le même niveau de vie. Elle connaît presque tous les restaurants les plus huppés de Dakar. Sur un tout autre registre, elle se charge de la dépense quotidienne à la maison. Elle se déplace toujours en taxi, si ce n’est la voiture d’un de ses nombreux amants qu’elle «pêche» dans toute les tranches d’âge. «Il y a mon oncle, mon papa, mon chéri, mon fils, et mon neveu, sans parler de mes bébés», confie-t-elle. Avant d’ajouter que «tous, autant qu’ils sont, mettent la main à la poche». D’ailleurs sur ce point, elle prétend que c’est la condition pour sortir avec elle. «Je leur dis que je suis une femme en âge de se marier et j’ai des besoins matériaux. Et pour finir, j’ai des amis hommes et femmes de longue date qui viennent me voir quand ils le désirent.» Histoire de trouver dès le début des alibis tout faits. La contrepartie : «Tout ce que je peux dire, c’est que je suis une personne qui peut avoir des pulsions et il m’arrive d’avoir des rapports sexuels protégés avec certains de ces hommes, mais pas avec tous. A chaque fois que le cas se présente, c’est souvent avec un homme que j’aime mais pas à cause de l’argent. D’ailleurs il y a des hommes qui me donnent tout ce que je leur demande sans n’avoir de moi qu’une toute petite bise. Et c’est ça un vrai "Mbaraan", l’art de soutirer de l’argent sans passer à la casserole de tous ces hommes avec qui tu sors.» Le cas de Aïcha n’est pas isolé. Si son profil n’est pas celui de toutes les filles qui s’adonnent à la collection d’amants, leur pratique est quasiment la même. A des différences près. Le "Mbaraan" une affaire de contexte Pour Aïda, «passer ou non à la casserole des hommes importe peu». Pour elle qui a une bouche à nourrir et qui n’a plus sa virginité à garder, ce qui est le plus important, c’est de trouver de l’argent pour satisfaire ses besoins vitaux et secondaires. Aïda n’est pas aussi bien gâtée par la nature que Aïcha. Elle n’est pas une beauté mais «rondeurs et excroissances» restent des atouts à faire saliver. Teint noir, «balcon» bien garni, nez percé, elle a sa spécialité : être l’amie des hommes mariés. Ses heures préférées restent le soir, quand les lumières artificielles s’allument, que seuls les contours de sa sculpture deviennent visibles. Habitant à Niarry Tally avec toute sa famille, elle a une chambre dans la maison où elle reçoit ses invités. Et elle n’hésite pas, s’il en est besoin, d’aller vers ses partenaires. Bien qu’étant jeune, elle a toujours fantasmé sur les hommes mûrs. Sa proie : les commerçants, surtout ceux qui ont laissé leurs femmes au village ou ceux qui sont tentés «d’aller voir ailleurs». Elle se tire d’affaire. Sans grands risques. C’est un peu la même situation que vit Adia. Domiciliée à Khar Yalla, elle ne passe pas inaperçue dans cette masse de femmes presque laissées pour compte. Elle symbolise la beauté naturelle. Une beauté qu’elle ne parvient pas à mettre en valeur comme elle le souhaite. Car, ce n’est pas tous les jours qu’elle dispose de moyens pour prendre soin d’elle. Issue d’une famille pauvre, elle est obligée de sortir tous les soirs, aller à la recherche de son pain : le dîner, mais aussi du petit-déjeuner du lendemain. Elle «n’attend pas Dieu», comme ses autres sœurs de son quartier. Elle préfère aller trouver sa chance avec ses partenaires multiples. Son choix est tourné vers les hommes qui vivent seuls et qui travaillent. «Je n’ai pas le temps des relations sans intérêts», lance-t-elle. Avant d’ajouter : «Je ne travaille pas, mes parents ne peuvent pas s’occuper de moi. Vois un peu ce que ça fait ! Quand je sors, ils ne me demandent même pas où je vais.» En effet, sa liberté, elle le doit à la triste condition sociale dans laquelle vit sa famille. Et c’est tant mieux si elle constitue désormais une charge en moins. Une situation dont Adia profite aussi pour recevoir autant d’hommes qu’elle veut sans que personne ne dise mot. Pour ce qui est de ses relations sexuelles avec les hommes, elle prétend «s’arranger pour ne pas coucher aux premiers jours, mais s’il le faut, je le fais.» Proie facile, elle échappe aux hommes qui ne sont pas désobligeants. Mais passe à la trappe des «hommes chasseurs» qui courent de plus en plus les rues. Le "Mbaraan" est ainsi devenu un véritable phénomène social. Et il y a autant de cas que d’histoires, même si la finalité est de se faire prendre en charge au mieux par des mâles préoccupés à assouvir leurs désirs. Souvent en victimes. Parfois en…parfaits coupables.