« Ma femme ne me regarde presque jamais »

« Ma femme ne me regarde presque jamais »
lun. 23 janv. 2023, Maram

Il peut s’agir aussi d’une grève du regard en raison d’un grief de fond récurrent, révélé par une attitude souvent agressive.

Il est quelque chose de touchant : surprendre deux amoureux qui se regardent, qui même sans se dire le moindre mot se contemplent, éblouis et heureux. Le visage est la partie corps qui révèle le plus la personne et en souligne la singularité. Même le visage ne dit pas tout de l'autre, il est l'écran où chacun essaie de discerner les remous du cœur de l'aimé, de percer son mystère, la sincérité de ses sentiments, ses émotions les plus cachées. Et le sentiment d’indifférence que vous éprouvez devant l’absence de regard de votre épouse est compréhensible. Vous ne pouvez pas ne pas vous demander si subsiste en elle de l’amour, si vous l’intéressez toujours, puisqu’elle n’essaie plus de lire sur votre visage l’univers de vos sentiments. Et je comprends votre souffrance, car l’indifférence tue. Plus que la haine qui n’est souvent que de l’amour dépité. Susciter non de la pitié, mais de l’admiration La solution à votre frustration serait d’abord de savoir pourquoi votre femme a perdu l’habitude de vous regarder. S’il s’agissait d’une baisse ou d’une absence d’amour, il importerait de recréer les conditions om il peut renaitre : ne pas placer le conjoint « en surchauffe » en le submergeant d’attentions, ne pas être ce mendiant d’amour qui pourrait susciter de la pitié et non de l’admiration. Na pas être, comme disait Nietzsche, « le dragon de son trésor », l’obligeant à aimer, car l’amour ne fleurit que dans la liberté ; mais reprendre confiance en soi, devenir séduisant pour soi, et non pas d’abord pour récupérer l’affection perdue. D’autres raisons pourraient aussi expliquer cet éloignement. Il se peut par exemple que les préoccupations du quotidien, la surcharge des tâches familiales, soient devenues prioritaires : « On n’a pas le temps de se cocooner ! Il y a plus urgent à faire ! ». Il peut s’agir aussi d’une grève du regard en raison d’un grief de fond récurrent, révélé par une attitude souvent agressive. Enfin, il est possible que celui qui doute de l’amour de l’autre ait tendance à être à l’affût de ce regard qu’il attend : il est d’autant moins regardé que lui-même regarde trop ! « Il me scrute », disait une femme. Et dans ce cas, il suffit souvent de regarder moins pour voir que l’autre, craignant alors de ne plus compter, essaie de deviner ce qui se passe et regarde davantage. En se gardant de tout reproche, on peut dire combien on aimerait revivre les moments d’autrefois où chacun lisait dans le regard de l’autre cette petite lumière d’admiration, cette petite étoile d’amour qui fait briller les yeux et les illumine. La puissance d’un regard est étonnante.