Les drames se suivent, les Sénégalais meurent...

Les drames se suivent, les Sénégalais meurent...
mer. 18 janv. 2023, Seydina Bilal Diallo

Naufrage de Betenty, accidents à Sikilo et Sakal, crash d’un avion de l’armée, incendie dans des hôpitaux…Les drames se suivent et se ressemblent presque tous.

Les drames se suivent et se ressemblent presque tous. Beaucoup de pleurs, des plaies béantes et des mesures jamais appliquées dans leur rigueur. Le 15 janvier 2022, un accident à Sakal dans la région de Louga fait 22 victimes. Une semaine auparavant, jour pour jour, une collision était enregistrée entre deux bus à Sikilo, localité située dans l’arrondissement de Gniby, région de Kaffrine, faisant 41 morts. Dans la nuit du 19 août 2022, sur l'axe Koungheul-Kaffrine, deux bus de transport de passagers étaient entrés en collision, faisant 5 morts et 72 blessés. Le 06 novembre 2017, un accident de la circulation sur l’axe Kébémer-Sagatta, à hauteur du village de Ndiengue Diaw, avait fait 25 morts dont sept membres d’une même famille. Un bus en provenance de Touba était entré en collision avec un minicar en provenance de Richard Toll, à destination de Touba. A l’époque, le gouvernement avait exigé plus vigilance dans le contrôle routier. Le ministère des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement avait tapé sur la table en exigeant le respect d’un certain nombre de mesures. Il s’agissait entre autres d’éviter toute surcharge de personnes et de bagages, de respecter la signalisation routière, d’éviter l’excès de vitesse sur la route, d’éviter les dépassements dangereux, de ne pas utiliser le téléphone au volant, d’attacher la ceinture de sécurité et enfin de vérifier les organes et accessoires de leur véhicule avant tout déplacement. Le ministère demandait enfin aux forces de sécurité une plus grande vigilance dans le contrôle routier. Cinq ans après, le gouvernement sénégalais peine toujours à discipliner les usagers de la route et les acteurs de l’écosystème. Suite au drame de Sikilo, l’Etat a pris 22 mesures dont entre autres l’interdiction pour les bus et minibus de transport de circuler entre 23 heures et 5 heures. De même, les moteurs des véhicules de transport de personnes et de biens seront bridés à 90 km/h. Il a été aussi interdit de transformer les véhicules pour augmenter le nombre prévu de passagers ou installer sur le toit des porte-bagages souvent surchargés. Mais les transporteurs continuent de protester contre les mesures mises en place par les autorités qui cherchent à endiguer les causes des accidents. En attendant de régler définitivement cette question et réduire considérablement les drames, il faut noter que l’application des décisions et autres directives gouvernementales constituent un vrai problème dans le pays. Nos autorités gèrent uniquement les émotions et effleurent les problèmes, y compris dans le système sanitaire. Incendies dans les hôpitaux de Kaffrine et de Tivaouane Le samedi 24 avril 2021, un incendie à la salle de néonatalogie de l’hôpital Maguette Lô de Linguère emporte quatre nouveaux nés. Deux autres étaient gravement blessés et admis en réanimation. A l’origine de ce feu, un court-circuit électrique. A la suite de ce drame, le président Macky Sall avait demandé au ministre de la Santé de l’époque, Abdoulaye Diouf Sarr, de faire la lumière sur cette affaire et pallier les « dysfonctionnements notables des services». Le chef de l’Etat appelait à sanctionner rigoureusement les manquements constatés et de déployer toute l’assistance psychosociale requise aux parents endeuillés. Mieux, le Président Sall réclamait des mesures préventives et des réformes profondes du système de santé dans les meilleurs délais. Il avait appelé aussi à un audit général des infrastructures sanitaires, notamment les constructions et installations abritant les services et équipements de santé sur l’ensemble du territoire national. Un mois plus tard, en mai 2021, onze bébés décèdent dans un incendie à l’hôpital de Tivaouane. La cause, un incendie qui s’est propagé rapidement dans l’unité néonatale. Un court-circuit électrique était à l’origine du sinistre. Juste après, le président Macky Sall avait reconnu l’«obsolescence» du système de santé du Sénégal en ordonnant l’audit des services de néonatalité afin que l’hôpital public ne soit «plus un espace de tragédie». Pour autant, le système sanitaire ne se porte toujours pas mieux qu’avant, et les Sénégalais continuent de galérer dans les établissements sanitaires. Naufrage de Betenty et crash de l’avion de l’armée Toujours dans le registre des accidents, un hélicoptère de l’armée s’est écrasé le 14 mars 2017, faisant six morts et 14 blessés. L’accident avait eu lieu aux environs de 20h 30 à hauteur de Toubacouta, dans la mangrove. L’hélicoptère de l’armée qui revenait de Ziguinchor avait chuté plus précisément à Missirah. Il revenait à Dakar après avoir transporté la dépouille de Jacob Sagna, frère de Robert Sagna. D’aucuns pointaient la vétusté de l’aéronef. Face à ce sinistre, le chef de l'Etat avait instruit le gouvernement et le chef d'Etatmajor Général des Armées (Cemga) de mettre en place une commission d'enquête afin de déterminer les circonstances de l'accident. Jusque-là, aucune information sur les vraies causes de cet accident. A noter que ce drame à Missirah s’était produit quasiment un an après le naufrage de Bettenty, toujours dans le département de Toubacouta. Une pirogue transportant plus de 70 personnes, en grande majorité des femmes, avait chaviré dans le delta du Sine Saloum, faisant 21 morts. Cela s’était produit au mois d’avril 2017. La surcharge de la pirogue était considérée comme étant à l’origine du naufrage. De plus, il n’y avait aucune mesure de protection, ni gilets, ni maîtres-nageurs, ni sauveteurs en cas d’accident. Drame de Demba Diop Dans cette liste qui est loin d’être exhaustive, on peut citer le drame du stade de Demba Diop qui a eu lieu le 15 juillet 2017 et qui a occasionné huit morts et des dizaines de blessés lors du match opposant le Stade Mbour à l’Union Sportive de Ouakam (USO). Même si certaines personnes ont été jugées coupables de ce drame et l’USO suspendue à l’époque, force est de constater aujourd’hui que la violence dans les stades et en l’occurrence lors des Nawetanes et autres combats de lutte a atteint des niveaux inquiétants.