Salima (8),... des sanglots déchirants de petite fille blessée je me suis laissée aller...

Salima (8),... des sanglots déchirants de petite fille blessée je me suis laissée aller...
lun. 5 déc. 2022, Salima, par Chacha

Les mots d’Abel ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Une fois dehors, dès que le vent a touché mon visage j’ai cherché un coin tranquille, je me suis accroupie à même le gazon, et là j’ai éclaté en sanglots.

Ce que je ne savais pas encore c’est que Abel m’avait réservée une belle surprise pour ma fête et qu’il faisait juste semblant de ne pas vouloir venir. Son frère Amadou s’intéressait à Mimi il ne me le cachait même pas ; Mimi a deux ans de plus que moi ce qui fait que l’écart d’âge entre eux est pareil à celui qui existe entre Abel et moi. Il m’a demandé quels étaient les goûts de Mimi, ils avaient échangé de numéro de téléphone et désormais ils s’entendaient bien tous les deux mais Mimi m’a dit qu’il ne lui a jamais fait de déclaration d’amour, que c’est bien comme ça, qu’elle l’apprécie comme ami donc qu’ils sont juste des amis mais nous n’étions pas dupes notre chère Mimi est tombée sous le charme d’Amadou ; on n’allait pas fréquemment manger avec un simple ami, on ne reçoit pas ses coups de fil avec un regard brillant. Mimi en pinçait donc pour Am mais elle ne le disait pas mais Moi je savais moi pourquoi il ne s’était pas encore lancé ; c’est moi qui étais derrière ce comportement lol ouiii moi !! Je lui ai conseillé d’agir différemment des mecs que Mimi avait l’habitude d’envoyer promener et de la laisser mariner dans son jus de questionnement telle que je la connais, elle est si franche qu’elle aidera mon « beau-frère » à se lancer sans le faire exprès. Pas bête hein !!! Le jour de la remise des diplômes était riche en émotions, on a toutes été appelées en paradant fièrement avec nos toges sous le regard ému de nos parents. Même Abel et Amadou Dia étaient là. ABC aussi a osé venir on ne sait pas où il a dégoté une invitation mais Faby l’a royalement ignoré. Ma fête aussi était super attendue parce que toute l’école était au courant grâce à Facebook et aux différents coups de fil passés par les filles et moi. Juste après le cocktail de la remise des diplômes, nous sommes parties toutes les quatre : Faby, Mimi, Viviane et moi au complexe Athéna faire un soin du corps complet (massage, hammam etc.) cadeau de la mère de Mimi, Tata Aicha affectueusement appelée mère A ; nos têtes étaient déjà faites et nos fringues choisies avec soin depuis un mois. Le soir nous avons fait un compte rendu avec Mamy et Ta Suzy et tout était prêt pour le lendemain y’aura à manger pour tout Dakar la musique sera mortelle selon Omar ; les paquets cadeaux étaient bien emballés et donc la salle allait éclater. Le bruit courait même que j’arriverai en hélico ce qui était faux bien sur hihihiii sénégalais dafa meuneu yokkeu nak (le sénégalais en rajoute toujours trop) ! Cette nuit-là les filles ont toutes dormi chez moi mais nous n’avons fermé l’œil qu’à cinq heure du matin tellement nous étions surexcitées Ahh si je savais ce qui m’attendait !!! Le lendemain, pendant la journée nous nous sommes occupées des derniers détails de l’organisation comme la déco etc. puis vers vingt heure nous sommes toutes rentrées pour nous pomponner. Les filles devaient se changer chez Faby mais moi je ne pouvais pas quitter ma maison puisque Abel allait venir me prendre. Mimi m’a dit qu’Am passerait les prendre et qu’ils viendraient tous chez moi pour qu’on arrive ensemble à la fête. A une heure du matin nous étions tous fins prêts mais fallait que je sache si la salle était pleine avant d’y aller. J’ai appelé Omar qui m’a dit qu’on attend que l’arrivée de la princesse du jour en l’occurrence Me, myself and I. Avec les filles on s’est fait un dernier câlin sous les moqueries de Abel qui nous traitaient de fausses stars mdr puis je suis entrée dans le 4/4 X6 tout noir de mon chéri, Mimi et Vivi dans la voiture de Am, puis Faby et Mamy ont fermé le cortège avec la voiture de cette dernière. Matar ne viendrait pas bien sûr il se dit vieux loll et de toute manière c’est lui qui garde Momo. Bon je vais vous décrire ce qu’on portait ; j’étais en minirobe beige-champagne dorée moulante en haut et bouffante en bas avec des collants couleurs chair et une pochette rose en bandoulière comme d’habitude assortie de chaussures de la même couleur avec des talons de 17cm (bah oui gatane la loll je suis pas grande) j’avais une barrette ornée de strass de toutes les couleurs dans les cheveux et « voili voilou » j’étais à croquer comme l’a si bien dit ce bandit d’Abel Dia. Faby avait un slim doré et un top noir doré, Mimi une minirobe mauve super classe avec un manche en nœud papillon, et Vivi une minirobe rouge cerise, Tony allait tomber à la renverse c’est sûr elles étaient toutes belles à couper le souffle c’est des bombes mes diodiettes. Dès que nous sommes arrivées à l’entrée du complexe, Mimi a appelé Omar avant qu’on arrive à l’entrée de la Salle pour que le Dj nous annonce au micro j’avais la chair de poule « sakh hiii » ; de là où on était on a entendu la voix du dj qui criait « ET MAINTENANT FAITES DU BRUIT POUR LIMAAAAAAAAA » Eh Allah « wa » Abel « kouko bayi mouy klaxonné » nous sommes entrées sous les vivats des gens. Mais quelle entrée ! lool « Faby mom xaroul sakh kou wakh hii » elle m’a entraîné en dansant et les gens ont commencé à nous entourer à me souhaiter « happy birthday » etc. Tout à coup les lumières se sont éteintes j’ai pensé FUCK coupure de courant Nooon mais non à peine les gens ont commencé à murmurer « lou xew » que sur l’écran géant que je n’avais pas remarqué en entrant j’ai lu avec des larmes dans les yeux ces mots que je n’oublierai jamais « JOYEUX ANNIVERSAIRE PRINCESSE MAY OUR HEARTS BE FILLED WITH GLADNESS AS WE BOTH RECALL THIS DAY JE T’AIME… ton Abel » avec de belles écritures roses qui se dispersaient partout sur fond de musique d’Alicia Keys et Usher My boo (il savait que j’aimais trop cette chanson) mais MY GOD j’étais heureuse je me suis retournée pour le voir et je l’ai vu appuyé au mur près de son frère, en me regardant avec un sourire en coin je me suis précipitée dans ses bras sans complexe sous le regard de tout le monde et lui, il m’a fait un gros smack ; les gens disaient « c’est mignon » surtout les filles loll je me suis blottie dans ses bras et je lui ai dit « merci bébé c’est la plus belle surprise qu’on m’ait jamais faite » il a juste dit « c’est parce que c’est toi !! » Ndeysaan j’étais au paradis en cet instant je pensais que rien ne pourrait ternir ma joie ce jour-là mais…. En attendant, la fête a continué le buffet était ouvert, les gens ont continué à danser ; Am et Mimi étaient quasi collés l’un à l’autre je pense qu’il va finalement se déclarer celui-là et Vivi et Faby je ne les voyais même plus Abel m’a dit que Mamy va sûrement nous tuer vu qu’on s’est embrassés en public mdrr je lui ai dit que c’est lui qu’elle va tuer vu que c’est lui qui m’a embrassé mais en parlant du loup , voilà ma sœur qui arrive elle me dit qu’elle va rentrer retrouver son mari je l’ai embrassé et remercié pour toute sa peine et elle est partie non sans avoir lancé a Abel « prends garde jeune homme je t’ai à l’œil ». Vers trois heures du matin le Dj a annoncé que mes copines voulaient dire quelques mots au micro pour moi j’étais surprise parce qu’elles ne m’avaient rien dit ces cachottières et elles ont parlé de moi de nous de notre amitié de ce qu’on partageait depuis toujours bref j’en ai écrasé une larme d’émotion. Mais alors qu’elles avaient fini et que personne ne s’y attendait ; Misha se pointe (mais qui l’a invitée celle-là comment elle est entrée) et prend le micro des mains de Mimi, cette dernière était tellement ébahie qu’elle a voulu le reprendre mais je lui ai fait signe de la laisser parler j’étais curieuse de savoir ce que cette conne pouvait bien dire (Aie si j’avais su….) elle a commencé par faire : « Humm Joyeux anniversaire Salima t’es adorable » Quoiiii mais quelle hypocrite !! Les filles et moi on a éclaté de rire mais elle a continué : « Tout le monde à l’école t’apprécie bla bla bla et puis ta participation aux œuvres collectives de bienfaisance avec l’ACAFE (association collective d’aide à la femme et à l’enfant) est touchante notamment ton combat contre la mendicité infantile et surtout l’excision. Car étant toi-même une victime de cette pratique barbare il est normal que » bla bla bla… NON, « Dedet », NON !!!!!!!!!!!!!! Elle m’a pas fait ça ; me disais-je, je n’arrivais même plus à voir ni à entendre le reste de ses paroles tellement j’étais en colère, tellement j’avais LA HONTE DE MA VIE. Elle n’avait pas le droit de me faire ça, pas devant Abel, pas devant mes amies qui ignoraient tout, pas devant toute l’école. Les gens se sont tous tournés vers moi avec des regards de pitié d’autre de surprise totale mais les plus ébahies étaient sans aucun doute mes trois amies qui devaient se demander comment j’ai pu leur cacher cela. Mais je n’ai pas flanché, je n’allais pas donner à cette pute ce qu’elle voulait j’ai puisé du plus profond de mes réserves de force un sourire magnifique et j’ai dit merci à Misha avec classe. Les gens se sont alors désintéressés de moi et la musique a éclaté de nouveau. J’ai fait semblant de continuer à parler avec Abel mais je ne l’entendais plus je ne le voyais plus. Tout ce que je pensais à ce moment-là c’est « j’ai honte » parce que c’était mon plus grand secret, ma plus grande haine, mon plus grand regret et mon plus grand combat. Oui moi Salima Kane j’ai été victime de cette pratique barbare comme l’a dit Misha, j’en fais encore des cauchemars c’est la seule chose dont je ne parle jamais et le peu de gens qui étaient au courant faisaient partie de ma famille. Mais j’ai continué à faire bonne figure. Les filles n’ont rien dit pour ne pas me mettre mal à l’aise je suppose mais elles me jetaient des coups d’œil pour savoir si tout allait bien elles se disaient sûrement que j’allais craquer et elles avaient raison (elles me connaissent trop bien) et Abel aussi devait se dire la même chose car il m’a caressé le dos en me disant « laisse-toi aller bébé pleure si tu veux» ; dès qu’il m’a touchée je ne me suis plus retenue. Je me suis précipitée pour aller me cacher dehors. Les mots d’Abel ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Une fois dehors, dès que le vent a touché mon visage j’ai cherché un coin tranquille, je me suis accroupie à même le gazon, et là j’ai éclaté en sanglots. C’était des sanglots déchirants de petite fille blessée je me suis laissée aller ; j’ai senti la présence d’Abel derrière moi mais je ne le calculais même pas j’ai pleuré tout mon saoul et dès qu’il a senti que je commençais à me calmer, il ma prise dans ses bras et m’a entraînée vers sa voiture. Nous sommes montés à l’arrière et il est redescendu pour dire aux filles (que je n’avais même pas vues) de partir qu’il allait rester avec moi. Il est revenu près de moi et je me suis blottie contre lui il s’est mis à me caresser le bras sans rien dire ; il a senti que je n’avais pas envie de parler et moi j’ai laissé mes pensées dériver vers ce jour maudit ou j’ai été excisée. Cette partie est très dure à raconter pour moi aussi je vous en supplie si vous connaissez des gens qui sont dans le même cas ou qui s’adonnent encore à cette pratique en détruisant la vie des petites filles n’hésitez pas à les dénoncer c’est monstrueux. Je repensais donc à ce fameux jour, je n’avais que 7 ans et j’étais avec ma mère et ma sœur en vacances pour deux semaines au Fouta. Ce jour-là, une des cousines de ma mère m’a entraîné avec elle en disant qu’on allait acheter des biscuits et sans que ma mère n’intervienne (je lui en veux jusqu’à nos jours pour cela) elle m’a emmené et m’a conduite dans une case ou il y’avait déjà trois vielles qui n’attendaient apparemment que moi. Elles m’ont déshabillée de force parce que je me débattais comme si je sentais ce qui allait m’arriver et m’ont attrapée en écartant bien mes jambes puis l’une d’elles a chauffé une lame sur un petit réchaud et d’un seul coup adroit, m’a arrachée le clitoris. Le cri d’animal blessé qui s’est échappé de ma gorge ne ressemblait même pas à ma voix, j’ai vécu l’horreur en une seconde, une atrocité qui allait me poursuivre toute ma vie parce que je n’avais que sept ans mais quand j’y repense je ferme les jambes en tremblant ; c’est le genre de douleur qu’on n’oublie pas et qu’un rien ravive ! Je n’avais que sept ans mais je n’ai jamais oubliée cette douleur. Elles m’ont mutilée et je me dis que l’expérience aurait pu être moins traumatisante si elles ne m’avaient pas retenue des quatre cotés comme un animal qu’on mène à l’abattoir, alors voir cette expérience qui m’a brulée dans mon intimité étalée au grand public et de la pire des façons était un cauchemar pour moi. Après cela, quand j’ai été guérie je n’ai plus compris de quoi j’ai été victime en grandissant, c’était comme un cauchemar qui revenait parfois mais cela faisait si longtemps que je pensais que c’était juste un rêve ; jusqu’au jour où j’ai vu une campagne de pub contre l’excision à la télé, la vieille a étalé la petite fille en pagne sur une natte et a pris une lame. C’est la vision de cette lame qui a été le déclic qui a provoqué le reflux des mauvais souvenirs et tout m’est revenu d’un coup je n’ai pas dormi cette nuit-là et quand n’y tenant plus j’ai demandé à maman ce que signifiait ce rêve étrange que je faisais, elle m’a confirmé ce que je redoutais à savoir que ce n’ était pas un rêve mais la réalité qu’elle a été complice de ce crime mais elle-même n’ était qu’une victime de sa mère, ma grand-mère, qui tenait à l’excision comme à la prunelle de ses yeux et qui avait perpétré la tradition avec Mamy d’abord et moi ensuite. Putain mais comment grand-mère a pu nous faire ça, et pourquoi t’a rien dit maman ; avais-je crié en pleurant mortifiée de douleur ! Abel m’a sentie trembler et il m’a encore plus serré dans ses bras je l’ai senti ému de me voir comme ça ; il ne m’a jamais vue pleurer il ne m’a jamais vue abattue c’était la première fois mais j’ai su qu’il m’aimait vraiment quand j’ai vu dans quel état mon désespoir le mettait ; il représentait le mot tristesse en personne. Assez me suis-je dit, il fallait que je retourne auprès de mes invités sinon mon absence prolongée allait paraître louche. Je me suis doucement dégagée de l’étreinte d’Abel qui m’a demandé si tout allait bien. Je lui ai assuré que oui j’ai ouvert ma pochette et pris ma poudre et mon blush comme si de rien n’était. Abel me regardait toujours intrigué et sous ses yeux médusés, j’ai refait mon maquillage en oubliant pas une touche de gloss, mis une touche de parfum, arrangé mon tissage et je lui ai dit qu’on pouvait y aller. Il devait sûrement se dire « elle est trop forte » mais non en fait j’ai l’habitude de masquer ma douleur je suis comme ça. Même quand mes parents ont divorcé, je n’ai pas exprimé par des larmes ou des paroles le déchirement que je ressentais ; au contraire je continuais de sourire comme si de rien n’é tait alors qu’au fond de moi je souffrais. Abel m’a redemandée : -ABEL: Princesse est ce que ça va -MOI: oui mon ange t’inquiète allons y maintenant sinon les gens vont se demander où je suis passée. -ABEL : on en reparle quand tu veux, tu peux me parler tu le sais Salima -MOI : … Je n’ai rien répondu parce que je ne tenais pas en lui en parler, ni à lui ni à personne d’autre. Même avec Mamy nous n’en avons jamais parlé. Mais on ne sait jamais un jour peut-être... Quoi qu’il en soit il n’a pas insisté et nous sommes repartis danser. Les filles non plus n’ont rien dit mais je savais qu’elles allaient remettre le sujet sur le tapis tôt ou tard. La question que je me posais tout en faisant semblant de continuer de faire la fête c'est comment Misha a appris mon excision. Elle ne s'est apparemment pas attardée ici après son forfait parce que je ne l'ai plus aperçue nulle part; elle s'est bien vengée en tous cas. Nous avons dansé tout le reste de la nuit et j'ai réussie à retrouver le sourire en voyant Mimi et Am s'embrasser comme des affamés.


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