Journal Intime (8) : Confessions

Journal Intime (8) : Confessions
jeu. 1 sept. 2022, Journal intime, par Fatima

La vie à Claudel était plutôt tranquille. A part les matins où c’est la course et la queue parfois pour prendre une douche. Après le dîner nous avions l’habitude d’aller réviser dans les salles de lecture et les amphis. Les évaluations avaient démarré.

Finies les gamineries, les choses sérieuses démarrent lol, pour Ibou aussi. D’ailleurs ça fait un bail qu’on ne se voit plus. Que des appels et des textos. Son leitmotiv à lui c’est « les études d’abord. » Il me laissait donc me concentrer. Nous avons toutes les quatre réussi avec brio les premières évaluations, « Nio aye deh ». Les dimanches je les passe souvent chez mon oncle. J’y vais vers quatorze heures, dix-huit heures « rek », je plie bagages. Et quand je suis là-bas je suis plus fourrée avec Tati qu’avec les autres membres de la famille « Ma tey. » Décembre, les fêtes de fin d’année approchent, Dakar en pleine effervescence. Tout le monde programme son emploi du temps. -BINETTE : « Yiii », cette année « mom », je profite à fond des fêtes ! Et vous les filles ? -MARIE : moi je pars à Mbour en famille. -MOI : idem pour moi. Mon anniversaire c’est le 24 décembre, hors de question de fêter ça loin de maman ! -BINETTE : chiip, pourrie gâtée va, apprends à grandir, maman ne sera pas éternellement là ! « Mane deh » je suis décidée à aller à la chasse au mec parfait. Il y en a forcément un dans tout Dakar quand même ! -MARIE : Moi « deh » j’en profiterai à fond avec mon Choco vanille, histoire de recharger les batteries quoi ! C’est le mois de l’amour, autant en profiter. (Le petit ami de Marie est également originaire de Mbour mais travaille à Dakar. Il retourne là-bas durant les fêtes lui aussi.) Phily et moi ne disions rien. Binette nous interpella : "Et vous deux ?" -MOI: pff, moi « deh », je serai auprès de Maman, que demander de plus. «Mane » je suis encore mineure, l’amour je ne connais pas. Mdr ! -BINETTE : mineure mon œil oui ! Donc sérieux Fatima tu n’as personne dans ta vie ? À part Monsieur mon parrain qui est raide dingue de toi mais qui, on dirait, a peur de te l’avouer. -MOI : » Aye Binette ! Yaye wakh louné » ! Ibou n’est pas amoureux de moi, il est juste un ami, c’est mon protecteur c’est tout ! (avais-je dis sur un ton agressif) -BINETTE : et pourquoi tu te mets direct sur la défensive ainsi ? Toi aussi t’en pince pour lui. Il suffit de voir comment tu réagis quand on prononce son nom où quand il est présent. Ma grande, je suis plus expérimentée que toi dans ce domaine, laisse tomber . Phily elle était toujours penchée sur son livre, silencieuse, absente. Mais vous connaissez binette, « Yow nak Phily ? (Et toi Phily ?) -PHILY : moi quoi ? -BINETTE : Où est ton « tal beau » ? Ton « choco vanille » ? Comment il s’appelle ? -PHILY : je n’en ai pas et je n’en veux pas. -BINETTE : « Laaa takhara bouzina », Phily t’es sûre que tout vas bien chez toi ? Tu n’en veux pas ? « yow mi mbadou » ??? -PHILY : Binette tu me fous la paix Ok, attends de vivre ce que j’ai vécu ! Y en a marre à la fin, tu nous emmerdes avec tes histoires de mec. Le jour où ils te montreront leurs vrais visages de salaud tu comprendras pourquoi je te dis que je n’en veux pas. C’était la première fois qu’on voyait Phily ainsi. Elle pleurait au moment où elle prononçait ces phrases. On dirait qu’elle voulait extérioriser une certaine peine. Apparemment Binette a touché une corde sensible. Marie se lève pour la prendre dans ses bras : « Eh, Phily qu’est ce qui se passe ? Calme toi c’est bon Binette voulait juste papoter ! -PHILY : lâchez moi je vous dis. Allez-vous faire foutre vous toutes ! Sur ces paroles elle prit son petit sac et sortit en claquant la porte. (Booum) -BINETTE : « wa » qu’est-ce que j’ai dit de mal, honnêtement les filles ? -MOI : ce n’est pas toi Binette, mais apparemment sans le faire exprès tu lui as rappelé de mauvais souvenirs. Nous avons tenté de la joindre par téléphone, elle ne décrochait pas. Il était vingt heures passé. Ce n’est pas sûr de la laisser dehors. J’insistais, lui envoyais des messages vocaux, rien. Binette s’en voulait. C’est vers vingt-deux heures qu’elle est revenue. Sans mot dire elle s’est changée, a mis son pyjama et est venue faire son lit pour se coucher sans nous adresser la parole. Le lendemain en route pour l’école, Phily a mis ses écouteurs et ne participait pas à la conversation. C’était gênant, très même. Mais vu que c’est un sujet sensible, nous avons décidé de la laisser tranquille, qu’elle se décide à venir vers nous. Mais hors de question qu’on lui fasse la tête aussi. A la pause de dix heures Binette lui a présenté ses excuses. Phily lui a dit que ce n’était pas de sa faute et qu’elle allait nous parler ce soir. Le soir venu, nous sommes revenues de la salle d’étude vers vingt-deux heures. -PHILY : les filles je tiens à m’excuser pour mon comportement d’hier. Je me suis emportée et je vous ai mal traité. En fait Binette, tu auras remarqué que je ne voulais pas prendre part à ton sujet de discussion. C’est vrai ce que je t’ai répondu. Je n’ai pas de mec et je n’en veux pas. Je n’en veux plus en fait. Elle marque une pause, comme si elle se donnait de la force. Nous étions toutes attentives. -PHILY : je ne vous ai pas dit que j’ai un bébé, une fille, Sarah, elle a deux ans. « Wa eh » !!!!!, j’ai failli avoir un infarctus ! Tout le monde était surpris ! Phily, un bébé ? -PHILY : elle vit avec ma maman. Je l’ai eu quand j’étais en terminale. J’ai accouché juste au début de l’année. Ce qui a failli gâcher mon année. Mais heureusement que j’ai des parents en or. Je sortais avec un mec, Léo. Il travaille à Dakar. J’étais en première quand on s’est connu, le mec idéal, mignon, gentil, charmeur… (dit-elle en fixant Binette) Avant lui j’avais des copains, mais je me suis toujours abstenue hors de question de faire ça avant le mariage. Mais lui n’avait pas cette même mentalité. « Tu sais que je veux t’épouser. Je veux faire de toi ma femme, donc qu’on le fasse aujourd’hui ou après, ça revient au même. » Il ne cessait de me mettre la pression. Mais pour moi c’était hors de question. Un soir, c’était son anniversaire. Il a fait une fête chez lui. Un peu vers deux heures du matin, ses copains étaient rentrés. Nous étions seuls. Il avait un peu bu. Nous avons commencé à flirter et… l’impensable pour moi arriva. Après l’acte je me sentais sale, je versais de chaudes larmes. Je m’en voulais d’avoir finalement cédé. On n’a plus recommencé. Quelques temps après j’ai appris que j’étais enceinte. J’ai cru que j’allais devenir folle. J’en ai parlé à Léo et il m’a fait savoir qu’il ne m’en voudrait pas si je décidais de le garder mais que le mieux c’était de m’en débarrasser. J’ai refusé d’avorter, hors de question. Même si je sais que mes parents m’en voudront à mort, je n’allais pas me priver de la joie d’être maman. Effectivement mes parents m’en ont voulu, mais c’était juste au début. Léo lui s’éloignait de plus en plus de moi. Il prétextait des voyages d’affaires à tout bout de champ. Ça lui arrivait même de rester des semaines sans me voir. Mais ne voulant pas admettre la réalité, je m’efforçais de croire en ses prétextes. J’ai eu une grossesse très difficile et j’ai dû subir une césarienne. C’est après la naissance de Sarah que Léo m’a montré son vrai visage. Il fallait que je lui mette la pression pour qu’il daigne passer voir son enfant. Il prenait de plus en plus ses distances. Il m’avait promis le mariage juste après mon accouchement, mais rien, les mois passaient. Ce sont mes parents qui s’occupaient de mon bébé et moi. Lui prétextait qu’il avait des problèmes d’argent. Un jour j’ai appris qu’il me trompait, devinez avec qui ? Une fille qui habite non loin de chez moi, dans le même quartier, et ce n’était pas sa première aventure. Après l’accouchement mon père a décidé que j’allais reprendre mes études. C’est ma mère qui s’occupait de Sarah. A midi je rentrais pour l’allaiter. Par chance, je dis bien par chance, j’ai réussi à mon bac. Après ça mon père a convoqué Léo pour lui demander ses intentions à mon égard. Monsieur a eu le culot de lui dire que le mariage ne fait pas partie de ses projets pour l’instant. Même pas un mois après, il s’est fiancé. Je n’ai jamais eu aussi mal de toute ma vie. J’aimais Léo, je l’aimais plus que tout au monde. Je m’imaginais mon avenir avec lui… depuis, j’ai promis de me consacrer uniquement à mes études et à mon bébé. J’ai dû la sevrer pour entrer à l’université. (Elle a fait une année au département lettres modernes) pour moi désormais homme rime avec malheur et je ne veux plus être malheureuse. Plus jamais je ne veux revivre ça. Phily ne cessait de pleurer « ndeysan. » -BINETTE: « qui moy salopard, ki mo kouti « !! Plus salaud que ce mec tu meurs !! « Lahilaaaaaaaaaaa !! » J’étais bouche bée ! Donc ce genre d’histoire n’existe pas seulement que dans les films d’horreurs ? Il y a réellement des mecs comme ça ? Qui pensent que les filles sont des mouchoirs à jeter ? -MARIE : mais ma puce cela ne doit pas être une raison pour tourner le dos à tous les mecs de cette planète. Ils ne peuvent pas tous être mauvais. Je suis sûre et certaine que tu trouveras le bonheur un jour. -PHILY : Marie c’est bon. Mon bonheur je l’ai déjà, c’est mon bébé à moi, Sarah. Elle nous a montré ses photos. Elle gardait ça dans un carton dans son armoire. Y en aussi dans son téléphone mais elle nous avait fait croire que c’était sa nièce. D’ailleurs Binette lui avait fait remarquer qu’elles se ressemblaient. « Ndékétéyoooooo ! » Je suis triste en écrivant cette partie. Parce qu’autant il en existe des Fatima, autant il en existe des Phily, trahi par leur amour, par des hommes qui ne méritent pas de vivre. Nul n’a le droit de faire souffrir quelqu’un, pire une femme.


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