Journal Intime (7) : bienvenue a Claudel

Journal Intime (7) : bienvenue a Claudel
mer. 31 août 2022, Journal intime, par Fatima

Depuis la scène de l’autre jour avec Be « nak », tout était rentré dans l’ordre. Nous ne sommes pas les meilleures copines du monde certes, mais elle m’a foutue la paix. Je ne la calcule plus.

Après l’histoire mon oncle a voulu que je retourne dans la chambre de Be, j’ai refusé, hors de question. Je me sens bien chez Tati et puis cela ne va pas durer. Les codifications démarrent bientôt. Je lui en ai d’ailleurs parlé. -TONTON : Donc si je comprends bien tu veux aller vivre à Claudel ? -MOI : oui. C’est mieux pour moi, je pourrai me concentrer sur mes études et puis c’est proche de notre école. -TONTON : qu’est-ce qu’en dit ta mère ? -MOI: je pars à Thiès ce weekend, je lui en parlerai. -TONTON : Ok, comme tu veux. Le weekend je suis partie à Thiès comme prévu. J’avais trop hâte de revoir ma famille. Le chemin m’a paru tellement long. C’est ma petite sœur, Codou qui m’a ouvert la porte. -CODOU : « Wakhal waaay !!! » (En me sautant dessus !) -MOI : « Do changé démal rek » (tu ne changeras jamais toi) Ma mère était hyper aux anges « ndeysan ». Les frères daltons sont toujours ce qu’ils étaient, de vrai « rakadiou boy’s ». Ma mère Codou et moi sommes très proches. Cette dernière est la benjamine de la famille mais elle est très mature. Je suis de quatre ans son ainée mais c’est comme si nous étions des jumelles. Nous étions toutes les trois au salon, Ndiaya et moi, Codou me persécutait de question. -CODOU : « Wa naka Dakar ? « Racontes moi « way », « nekhna « ? « mok Thiès fou dakh » ? C’est quoi la différence ? Et chez tonton ? Et miss Tchiip tchiip d’Amina ? Et et et… -MOI : « wouy dimbeulima » !! « loy melni rafale ni » ? Une question à la fois « bokk »!! ahh ! « Dakar nekhoul santoul yalla ! » Je préfère Thiès si tu veux tout savoir. Et Amina va bien, tonton aussi. Ndiaya nous observait avant de me demander « Tu n’as aucun problème là-bas ? » J’étais surprise, pourquoi elle me pose cette question ? Je lui réponds que non. Je me suis retirée avec Codou dans notre chambre. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui raconter. Tout, du début à la fin. Au début elle paraissait triste, en colère, compatissante. Mais quand j’en suis arrivée à ma revanche, elle a sauté sur le lit avec un cri de victoire. -CODOU: « Mala fan deh» !! « Ya rakadiou deh », allez boy, bien fait pour sa gueule !! Ne te laisses pas faire « deh » !! Je ne la connais pas mais je la déteste déjà. « Naka diekk » je ne la sentais pas !! T’as raison de vouloir quitter cette maison, vas t’en. Va loger à Claudel, comme ça « sakh » je viendrai en weekend pour connaître Dakar. Il fallait maintenant que je discute avec ma mère, il me faut son approbation pour que je puisse loger à Claudel. -NDIAYA : « wa » pourquoi tu te précipites ? Pourquoi tu veux loger cette année. Attends l’année prochaine, comme ça tu connaitras mieux Dakar et tu pourras voler de tes propres ailes. Fatima je repose la question, est ce que tu as un problème chez ton oncle ? Là je ne pouvais plus mentir, il fallait qu’elle sache ce que j’endure là-bas pour qu’elle me laisse aménager à Claudel. Après mon récit, elle se tait un moment avant de dire. -NDIAYA: tu sais, je ne suis pas trop surprise. Je connais mon frère. Il est très gentil certes, mais très faible devant ses enfants. Primo tu n’aurais jamais dû accepter de la couvrir. Deuxio, depuis quand es-tu aussi rancunière ? Pourquoi tu lui as tendu ce piège ? Je ne te reconnais pas. A peine un mois à Dakar et tu changes à ce point ? Si c’était Codou qui était à la place d’Amina, tu aurais fait ce que tu as fait ? Donc tu ne considères pas Amina comme ta sœur ? Ça c’est maman tout crachée ! Elle reçoit des coups au lieu de riposter, elle en redemande. Après tout ce que Be m’a fait comment peut-elle prendre sa défense ? Maintenant c’est moi la méchante ? J’étais hyper en colère quand elle parlait, mais je ne disais rien. Chez nous le respect est érigé en règle. Je ne vais pas la contredire parce que cela ne la fera pas changer, au contraire, elle risque de s’énerver encore plus. La meilleure solution, c’est d’accepter ses critiques et passer. -MOI : Ok, c’est vrai que je n’aurai pas dû lui faire ce coup! (pff, au fond de moi je pensais le contraire, bien fait pour elle). Mais avec tout ce que je t’ai expliqué tu comprends donc que je ne peux pas continuer à rester là-bas. Je me sens de trop ma, je dors avec la bonne. -NDIAYA : Parce que Tati « dou nite » ? Et puis avec tout ce que j’ai entendu dire sur Claudel « mom », n’espère pas que j’aille te laisser aller vivre chez ces filles faciles. Il n’y a même pas deux ans on a démantelé un réseau de prostitution là-bas. Il paraît qu’elles ne font que ça : fumer, se droguer, passer la nuit avec leurs copains dans leurs chambres. Non et non tu n’iras pas à Claudel. Hii, c’était mort là. Je préfère arrêter mes études que de rester chez mon oncle. Mais connaissant maman, pas la peine d’insister pour aujourd’hui. Je sais à qui m’adresser pour la faire changer d’avis. Un de nos voisins à sa fille voilée qui vit à Claudel. Elle est un exemple dans le quartier. Rangée, pieuse, respectueuse, la fille parfaite quoi. Un exemple du bon Claudel. Elle s’appelle Adja. Le lendemain matin je suis allée la voir et je lui ai tout expliqué. -ADJA : comprends la ma chérie. Elle n’a pas tout à fait tort. On voit du tout à Claudel. Mais il n’y a pas que de mauvaises filles là-bas. Moi qui te parle, je suis à ma cinquième année de codification (elle est en médecine) et jamais je ne me suis détournée de mes objectifs. Il faut juste savoir d’où l’on vient et ce que l’on veut. Il n’y aura pas de Papa et maman là-bas. Personne pour te contrôler et te dire ce que tu as à faire ? Tu seras responsable de toi-même. C’est un vrai challenge. J’irai parler à ta maman ce soir, mais d’abord, je veux que tu me promettes que je n’aurai pas à regretter cela. Qu’une fois que tu seras là-bas, tu te tiendras tranquille et que t’éviteras les mauvaises fréquentations. Promis ? -MOI : promis, juré craché, croix de bois croix de fer, si je mens je vais en enfer !! Comme convenu alors elle a parlé à Ndiaya et cette dernière est tombée d’accord. Le lendemain elle a appelé mon oncle pour encore une fois le remercier pour tout ce qu’il a fait pour moi. De s’être si bien occupé de moi (hum, la diplomatie ça la connaît-elle. Bien occupé de moi ? Après tout ce que je lui ai raconté ? ) Elle lui a fait comprendre qu’elle acceptait que j’aille vivre à Claudel. Je suis revenue à Dakar le dimanche soir. Binette, Marie Phily et moi avons codifié la même chambre à Claudel. (héhééé, fofou dina pathiakh.) Nous avions prévu d’aménager le dimanche suivant. Avec Ibou, c’était normal ! On se faisait toujours nos pauses déjeuné, mais rien d’autre que de l’amitié. Enfin, les filles sont persuadées qu’il en pince pour moi mais jusque-là il ne s’était pas prononcé. Moi aussi je jouais l’amie parfaite. On s’appelait, on se voyait à l’école, normal quoi. Le dimanche arriva. Après le déjeuner nous étions tous au salon. Tonton, Tati, Jules, Amina et moi. J’en profite alors pour faire mon au revoir. « Au fait, c’est cet après-midi que j’aménage dans ma chambre à Claudel ! » Fallait voir l’expression du visage de Be. C’était genre « ahhh, enfin la bête s’en va !) Elle paraissait soulagée. T’es pas la seule ma chérie t’inquiète. Tati elle était triste. Elle a tout fait pour me dissuader de partir « ndeysan ». Tonton lui était au fond content même s’il prétend le contraire. Dix-huit heures je sors mon énorme sac de voyage sur la véranda. Tati demande à tonton si elle peut m’accompagner et m’aider à m’installer. Il accepta. Après les dernières recommandations, je fis un gros bisou à Jules, un simple sourire à Be (Bah oui, je n’allais quand même pas faire semblant d’être triste de me séparer d’elle enfin). Tous les trois m’accompagnèrent jusqu’à la porte où m’attendait le taxi. Je m’engouffre dedans avec Tati et direction…. Les filles m’avaient devancé ! Faut croire que nous avions toutes hâte de déguerpir Mdr ! Elles étaient déjà à la porte quand le taxi se garait. Fallait les entendre crier « Xalébou djiguène bi !!!!! » On criait et sautillait comme des folles. Un des vigiles qui nous regardait nous lança : « Yéne khana aye bleu nguène ? » Vous êtes des bleus, ça se voit ! -BINETTE : Nous sommes encore à la maternelle tonton !! C’est mieux, ce n’est pas « nexx » de grandir ! Le gars se mit à rire. -MOI : les filles voici Tati -BINETTE : « Ah qui moy sa adjointe ». Hey Tati paraît que tu es l’adjointe au commandant Fatima !! mdr ! Elles lui firent la bise tour à tour. Tati était ravie de les connaître. La chambre avait deux lits d’une place chacune. Mais vous le savez mieux que moi, c’est à deux qu’on se couche dessus. Séance « balaie, fobéré, fompe ! « Après on est restée à papoter. Tati nous regardait d’une œil très affectif « ndeysan ». Tonton l’appelle pour lui demander si elle comptait rentrer aujourd’hui. -TATI: Mon autre commandant m’appelle. Je dois y aller. Les filles prenez soin de ma poupée « nak », qu’il ne lui arrive rien de mal. Et passez quand vous voulez à la maison. Elle me prit dans ses bras et ne put s’empêcher de pleurer. Il faut dire qu’au fil du temps nous étions devenues près proches. Elle était certes plus âgée que moi. -TATI : tu vas me manquer ma chérie. S’il te plait, viens en weekend. Ne serait-ce que pour me tenir compagnie. Désormais je n’aurai plus personne à qui parler. -MOI : « moh », t’inquiète, je viendrai, mais juste pour te voir toi ! Et puis le téléphone est là. Elle prit congé. Maintenant, dîner et dodo y’a cours demain. J’ai appelé Ndiaya pour lui dire que je suis logée, bien sûr elle a repris son éternel discours que j’écoutais religieusement. J’ai ensuite envoyé un texto à Ibou pour l’informer. Il m’appelle. -IBOU : pourquoi tu ne m’as pas dit que vous veniez aujourd’hui ? J’aurai pu t’aider. -MOI: « moh », je te l’ai dit « deh », t’as sûrement du oublier. -IBOU : oh non excuses moi. Tu sais avec les cours et le boulot je suis hyper busy. J’habite tout près à Fan hoc, je peux passer si vous n’êtes pas encore couchées. C’est quoi le numéro de votre chambre ? -MOI : pavillon B3, chambre numéro…. Quelques minutes plus tard il a débarqué. -IBOU: vous avez dîné ? -EN CHŒUR : Non -IBOU : « let’s go » alors -MOI : non, les filles je pense qu’il est temps maintenant qu’on s’habitue à aller au resto. Sinon ça risque de nous couter très cher, et je ne sais pas vous mais moi je ne pourrais pas. Les filles étaient d’accord. -IBOU : d’accord, demain vous irez acheter vos tickets de restauration, mais pour ce soir, je vous amène ! Allez dépêchez-vous ! Nous ne nous sommes pas faites prier. Un resto sympa à côté de Claudel. De retour les filles ont fait exprès de nous laisser seuls lui et moi à la porte. « de vraies makaro kate celles-là « -IBOU : Fatima, tu viens de rejoindre un univers complètement fou. Faites très attention à vous. Mettez-vous en tête que vous n’êtes là que pour les études. N’oublies pas ce que t’a dit ta mère. Des propositions tu en auras. De toutes sortes d’ailleurs. Les tentations vont s’accentuer. Mais continues de garder la tête sur les épaules. J’habite tout près d’ici, je vois ce qui s’y passe. J’ai plus d’expérience que toi. Tu es la moins âgée de votre groupe. Je ne dis pas que les filles sont mauvaises bien au contraire, mais en tout cas garde les pieds sur terre. Encore une fois je te le répète, je serai toujours là, tout près, il te suffit de m’envoyer un texto. N’hésites surtout pas pour quoi que ce soit. J’ai beaucoup d’estime pour toi. Au fil du temps j’ai appris à te connaître et je sais que tu as des principes. Alors NE ME DÉÇOIS PAS et ne te déçois pas non plus. Sur ces paroles il est remonté sur son scooter, moi dans ma chambre. Première nuit à Claudel.


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