Journal intime (23), Sérénade

Journal intime (23), Sérénade
dim. 25 sept. 2022, Journal intime, par Fatima

Sérénade ! Sérénade « deh la wakh !! » On vient de me chanter une sérénade les filles ! Je suis bénie !!

Arrivée chez elle, Binette descendit de la voiture sans même un regard pour Tidiane. Un simple «merci » lui a-t-elle lancé avant de s’introduire dans la villa. Cinq jours qu’elle refusait de répondre à ses appels et messages. Elle nous avait raconté ce qui s’était passé ce soir-là. -PHILY : une chose est sûre c’est qu’il tient à toi, sinon il n’aurait pas piqué cette crise de jalousie. -BINETTE : on ne tient pas à quelqu’un qu’on traite de « streap teaseuse », de pétasse carrément. -MOI : Je pense comme Phily qu’il était juste jaloux c’est tout. Et puis tu dis qu’il s’est excusé ? Non ? -BINETTE : non mais Fatima tu me prends pour qui ? Tu penses qu’un simple « excuse-moi » suffit ? Il m’a manqué de respect et ça je ne le tolèrerai jamais. -MARIE : d’accord avec toi, « Djiguéne fouleu ! Mais nak » évite d’en faire trop. Réponds au moins à ses appels et écoute ce qu’il a à te dire. -BINETTE : pour le moment je n’ai pas envie de l’entendre parler. « Na rathie fofou xarma. »(Qu’il m’attende là-bas) Deux semaines ! Apparemment Tidiane s’était résolu à laisser tomber. C’est en tout cas c’est ce que nous pensions toutes. Un soir, après avoir pris sa douche, Binette s’apprêtait à se mettre au lit quand un bruit attira son attention. Une chanson de Yoro Ndiaye, son artiste préféré lui parvenait de sa fenêtre. C’est le titre Arwatam ! Et grande fut sa surprise quand en ouvrant sa fenêtre elle aperçut Tidiane en bas, à côté de sa voiture! Il se mit à chanter et à esquisser en même temps des pas de danse digne de Pape Thiopet. Sans gêne !! Je confirme l’amour rend fou !mdr ! Là, elle ne put s’empêcher de rire. Fallait le voir à l’œuvre, un vrai pape Thiopet je vous dis. « tathie tan !! » -TIDIANE : « ma doli ? » (Je recommence ?) -BINETTE : mdr ! Tu es fou toi. « Exact ! De toi. » Avait-il dit avant de reprendre ses pas de danse. Le gardien de la maison d’en face qui suivait la scène ne pouvait se retenir. -BINETTE : « walay » si mon père te trouve ici tu es un homme mort. -TIDIANE : quelle belle fin ce sera pour moi alors ! Mourir après avoir fait rire celle que j’aime ! Ces paroles, Binette savait au fond d’elle, qu’elles étaient sincères, mais comme la plus part des filles, fallait qu’elle fasse son intéressante quoi. -BINETTE: hum ! C’est ça oui. « Xamo sa bopp yow ! » -TIDIANE : lol ! Tu descends ou je monte ? -BINETTE : monter où ? T’as vu l’heure ? « teud naniou ! » -TIDIANE : A toi de voir « dal », ou tu descends, ou je te retrouve en haut. -BINETTE : et où est ce que tu vas passer ? Mon père a déjà fermé la porte à clé. -TIDIANE : pff ! « i don’t care mane ! » Je vais tambouriner jusqu’à ce qu’il m’ouvre et je vais le dépasser sans mot dire pour te rejoindre en haut. -BINETTE : haha !! Essaie pour voir. En disant cela, elle ne pensait pas qu’il oserait. Et bien il a osé. Tidiane s’est direct dirigé vers la porte d’entrer et a commencé à frapper. Un coup, deux coups… -BINETTE : Tidiane !! Tidiane !! Arrête s’il te plaît tu vas réveiller tout le monde. -TIDIANE: alors descends !! Je ne bougerai pas d’ici avant. Je recommence ? -BINETTE : c’est bon ! tchip !! C’est en short et top blanc, qu’elle l’a rejointe. -Binette : c’est quoi ces manières ? A cette heure en plus ? -TIDIANE : il n’est même pas minuit je te signale. -BINETTE : parce que tu es un pseudo magistrat ou je ne sais quoi tu te crois tout permis ? « yow fouy ngeu té gnaka xam sa bopp ! sa kanam ngamay saff golo bou poudeurou ni… » Pendant qu’elle débitait ces propos, Tidiane la fixait en souriant. -TIDIANE : qu’est-ce que tu m’as manqué avec tes manières ! Binette était surprise. Elle s’attendait à une réaction violente, pas à ça. -TIDIANE prit ses mains : je ne supporte pas que ma vilaine meilleure ennemie me fasse la tête. Et puis, après cette chorégraphie que je viens de te gratifier, tu ne vas quand même pas continuer à bouder ? -BINETTE: chorégraphie ? C’est ça ! On aurait dit un chinois qui danse le mbalax ! mdr ! -TIDIANE: je suis bien meilleur danseur que toi, avoue « rek. » -BINETTE : pfff ! -TIDIANE : alors ? Tu me pardonnes ? Je sais que j’ai été un vrai idiot. -BINETTE : ok, je passe l’éponge. Mais que cela ne se reproduise plus. Tu m’as fait vraiment mal en me traitant de st…. -TIDIANE : est qu’on peut oublier cette histoire maintenant ? -BINETTE : ok ! -TIDIANE : cool, on va faire un tour. -BINETTE: non, t’as vu mon accoutrement, je m’apprêtais à aller au lit. Et n’insiste pas. -TIDIANE : ok, je n’insiste pas. C’est à un bisou qu’il a eu droit de la part de Binette qui est ensuite montée dans sa chambre. Minuit passée, mon téléphone sonne. Binette. -MOI: « mba diam ? Tu as vu l’heure yow ? » -BINETTE : « virel Skype lawax tu parle trop way ! » Marie et Phily étaient déjà en ligne. -MARIE : « waxlen wolof, Abdou Ndiaye minguini sama wett ! portablam lay connectéwo » (parlez wolof, Abdou Ndiaye (c’est comme ça qu’on appelait Gérard quand on voulait parler de lui en sa présence) est là. je me connecte avec son ordi.) -BINETTE : Hum Marie, à cette heure tu es avec Abdou Ndiaye ??? « baxna dal !! » Bref, ce n’est pas pour ça que je vous appelle. Devinez «sama gars yi ! » -PHILY : « Walay » Binette y en a marre de tes devinettes, y a quoi même ? Sarah dort « wayow » dépêche-toi de dire ce qui se passe. Tchip ! Moi je somnolais. -BINETTE : sérénade ! Sérénade « deh la wakh !! » On vient de me chanter une sérénade les filles ! Je suis bénie !! -MOI en sursautant : hein !! Qui a fait quoi ?? -BINETTE: ah enfin tu te réveilles ! mdr !! T’as bien entendu ma belle. -Phily : Tidiane « deh » je le vois mal chanter avec sa voix là. C’est qui ? -BINETTE : c’est lui « sax deh Phily ! ak yi pas de danse ! walay » mon chéri est plus fort que Pape Thiopet ! -MARIE : « Ey Mbaye ! ma beug gorr gou diongué !! dinama nexxxx !! » Quelle chanson il a interprété ? Donne les détails « way ! » Elle ne s’est pas fait prier pour tout déballer. -MARIE : non Gérard, en fait c’est Binette qui nous raconte une histoire, mais rien de grave, rassure toi. -BINETTE : « héhéhé, Abdou Ndiaye mom keskileu ? » (Il veut quoi lui ?) -MARIE en wolof : il me demande pourquoi on crie comme des folles. Mdr !! « maxala dnguéne eupeul ! » -MOI : qu’il apprenne à s’habituer à nos cris « deh ! » -MARIE en français cette foi : les filles Gérard vous salut ! -PHILY : salut Gérard ! -MOI: hé qui « naniou may » ay aye salut, on a plus urgent à faire là ! « akh ! » On le salut aussi ! lol bon Binette récapitulons ! Il a chanté, il a dansé, il t’a demandé pardon, tu lui as souri, tu l’as pardonné, donc, vous vous mettez ensemble ?? -BINETTE : « ah boy eupeul nga ! » Qui te parle de sortir ensemble ? On redevient juste amis ! -PHILY : Tchip ! Des amis qui s’embrassent sur la plage à deux heures du matin ! Un ami qui te chante une sérénade en pleine nuit ! vive cette amitié alors ! -MARIE : Phily tu m’as tué ! haha ! -Binette : on ne sort pas ensemble « dale ! ça mom » je le sais. Il s’attendait à ce que je l’embrasse tout à l’heure, je lui ai fait juste un bisou. Lol -PHILY : Hey les folles, à cause de vos cris, mon petit ange vient de se réveiller. Allez au diable ! -BINETTE : laisse-là prendre part à la discussion, c’est bien pour sa culture générale. Bienvenue Sarah. -PHILY : « Yalla téré ! » mdr ! Bon ciao ciao ! On se capte demain. -BINETTE : bisous à vous deux. -MOI : moi aussi je vous laisse. Binette, rêve de qui tu sais. Marie ak Abdou Ndiaye, ciao ciao ! Les vacances tiraient à leur fin. Triste « ndeysan ! » je ne voulais pas quitter Thiès « way ! » Mais en même temps j’avais hâte de retrouver ma troupe et surtout MON IBOU ! Quand on parle du loup, c’est lui qui m’appelle. -MOI: « Comment va mon bébé ? » -IBOU : bien maintenant que tu le demande ! lol ! -MOI : Tu n’imagines pas à quel point tu me manques ! vivement la fin de ces fichues vacances ! J’ai hâte de t’avoir à nouveau tous les jours à mes côtés. -IBOU d’un air évasif : hun hun ! -MOI: quoi, tu n’as pas hâte qu’on reprenne les cours toi ? Maintenant que j’y repense, depuis quelques jours, il a cette même réaction quand j’aborde ce sujet. Quoi il n’a plus envie de me voir ? Oh mon Dieu, est ce qu’il ne va pas me plaquer à la rentrée « sakh ? » ou bien il me trompe ? C’est possible vu que je suis à 70 kilomètres de lui. Peut-être qu’entre temps il a trouvé quelqu’une d’autre ?? Je me posais toutes ces questions à la fois. -IBOU : non ce n’est pas ça ! -MOI : c’est quoi alors ? Il se passe quelque chose ? -IBOU bon, je dois te laisser, ciao ! Et d’un coup sec il raccroche. Quoi il m’a raccroché au nez ? Non, attendez ! je lui envoie un texto sur le champ. « C’est quoi ces manières ? Depuis quand tu me raccroches au nez ? » IBOU : je ne t’ai pas raccroché au nez Fatima arrête de chercher des histoires, je suis occupé désolé. J’ai failli balancer le téléphone par la fenêtre en recevant sa réponse. Purée j’étais fâchée et anxieuse à la fois. Il se passe quelque chose je le sens. Mais s’il s’attend à ce que je lui fasse du « nekhal », qu’il « use » son temps comme disent les anglais. Le lendemain je suis allée chez Phily. Je lui ai raconté ce qui s’est passé. -PHILY : Fatima, ne tire pas de conclusion hâtive s’il te plaît. Attends de le rencontrer pour en discuter avant de penser à quoi que ce soit. -MOI: pourquoi tu me dis ça ? Tu sais quelque chose Phily ? Isac t’as dit quelque chose ? Réponds sincèrement. Elle était hésitante, comme quand on a quelque chose à se reprocher. « Tout ce que je peux te dire dal, c’est de rester calme et de laisser faire le temps. Écoute-le quand il te parlera rek. » -MOI: c’est clair tu me caches quelque chose. Tu me déçois Phily, je pensais qu’on était des sœurs ? Vas y parle bon sens ! -PHILY : hey calmos ! Primo je n’ai rien à te dire, secundo même si c’était le cas, ce n’est pas à moi de le faire. N’insiste pas. Au même moment Ibou appelle. J’ai décidé de ne pas répondre. -PHILY : toi qui veut des explications vas-y décroche ! C’est peut-être de ça qu’il veut te parler. -MOI : allô ! -IBOU : salut Fatima ! -Fatima ? Pas de bébé ni rien ! Là c’est clair. -MOI : salut ! -IBOU : dis-moi, quand est-ce que tu viens à Dakar pour t’inscrire ? -MOI : lundi inchallah pourquoi ? -IBOU : il faut qu’on parle. Fais-moi signe à ton arrivée. -MOI : de quoi ? -IBOU : pas au téléphone. -MOI: ok ! -IBOU : cool ! -MOI: ciao -IBOU : attends ! …je t’aime Fatima ! Ne l’oublie jamais ! Au lieu de me rassurer cette phrase m’a complètement fichu la trouille. « Ne l’oublie jamais ! » on dirait quelqu’un qui fait ses adieux ! Qu’est ce qui se passe encore Mon Dieu ?


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