Journal intime (17) : Premier baiser

Journal intime (17) : Premier baiser
jeu. 15 sept. 2022, Journal intime, par Fatima

Décrire Binette ne serait pas chose aisée. C’est à la fois un mélange de Blair Waldorf, de Séréna Wanderwodsen.

Capricieuse, casse pied, impulsive… les qualificatifs ne manquent pas. Mais surtout adorable. Oui, c’est vrai qu’elle n’a pas été très cool au début, mais au fond, elle a bon cœur, solidaire de ses amies. Elle n’hésite pas à se donner en spectacle pour une affaire qui ne la concerne pas, juste par amitié. Depuis l’épisode Don elle s’était détournée des mecs. Faut dire qu’elle a eu chaud quand même. mdr ! Bref, elle envoyait balader tous ses soupirants qui osaient se déclarer. Et Dieu sait qu’elle n’est pas facile à aborder. En fait c’est le genre de fille qui de prime abord donne l’air d’une bonne viveuse, jet setteuse qui a tous les mecs à ses pieds. Résultats, rares étaient les hommes qui osaient lui avouer leurs sentiments. Bref un soir, nous étions allées faire un tour à la plage du Terrou bi, c’était notre endroit préféré, notre refuge. Sur le chemin du retour, Binette avait mis ses écouteurs à fond et écoutait le son de Beyoncé, Get me bodied, elle adore ce son. Elle chantait à tue-tête et ne se gênait pas d’esquisser des pas de danse sur la route, sans se soucier des passants qui le regardaient bizarrement. Ils devaient se dire qu’elle n’est pas normale. Elle dansait en traversant le passage cloutée, prenant tout son temps, en vraie grande royale quoi. La voiture qui venait avait ralenti pour nous laisser passer. Nous avons vite traversé, contrairement à elle qui se croyait peut être sur scène interprétant Get me bodied Skip to the front of the line Let me fix my hair up 'fore I go inside (hey) Mission six Gotta check these chicks 'Cause you know they gone block when I take these flicks (hey) Mission seven Gotta make my rounds Given eyes to the guys now I think I found him (hey) Mission eight Now we conversate And we can skip small talk let's get right to the chase (hey) Perdant vite patience, le conducteur se mit à klaxonner comme un fou. -BINETTE en sursautant : hé doucement « wayow ! »C’est un passage clouté je te signale, j’ai la priorité alors tu te calmes. « Soof. » Hihii, « tey mou nekh », le gars sort en claquant la portière de la voiture bam ! Wouaw !! Eh Allah mignon là, ça existe vraiment deh !! pipipipipi ! Teint noir, grand, mais Dieu qu’il est beau ! Mais là, vu l’expression de son visage, Binette « am na sérieux blem. » -LE GARS : non mais ça ne va pas ou quoi espèce de folle ! Tu te crois chez toi ou dans un dancing ? -BINETTE : qui est ce que tu traites de folle ? Fou toi-même ! Aucune patience les sénégalais. J’allais passer non ! « sonal nguéne nieup wayow ! pêteur ! » -LE GARS : pardon ? Qu’est-ce que t’as dit, vas-y répète ? Même si c’est un passage clouté tu penses que ça te donne le droit de te prélasser comme ça ? Une foule s’était massée autour d’eux. Nous nous étions là à rigoler, la scène était assez drôle on avoue. Mais quand les gens ont commencé à vociférer on est vite parti l’extirper de là. -MARIE : c’est bon Binette, on y va. Excusez-nous Monsieur. -BINETTE : bane excusez-nous ? « moh », on n’a pas à lui présenter des excuses, « soof ba deh. » -PHILY : Hey c’est bon là toi aussi n’abuses pas. Tu l’as vu, « walay soula songué doumala diapalé, ki mom » en un temps deux mouvements il nous règle nos comptes à toutes les quatre. « Xamal sa bopp rek » viens. -LE GARS : c’est ça, avance, vilaine ! Il avait dit ça sur un ton assez taquin. Mais Binette n’avait pas du tout apprécié. -BINETTE : pfff, « wouy » laissez-moi rire, tu t’es regardé toi pour me traiter de vilaine ? On dirait un singe qui s’est échappé du parc Hann ! Là, personne n’a pu se retenir, les gens rigolaient, le gars a esquissé un petit sourire. Surement parce qu’il sait que ce que dit cette folle n’est pas vrai. -MOI : Ah Binette, excuse-moi « nak mais vilain mom défouko ! » on dirait un dieu grec même. -BINETTE: tchiip, “guinz kate binga done.” On a repris notre chemin, monsieur est remonté dans sa voiture. Arrivé à notre hauteur, il a lancé un autre « vilaine » à Binette avant d’accélérer. -BINETTE : « loy daw ? taxawal ! » Pourquoi tu accélères, peureux va !! Dès qu’on l’a vu ralentir, on a pris nos jambes à nos coups. Même Binette. Mdr. -PHILY : Binette goo, à cause de toi on a couru comme des folles. Tu as vu comment les gens nous regardaient ? Des jeunes filles comme nous courant comme des gamines. -MARIE qui rigolaient : Binette « nak » tu aurais dû rester l’attendre. Ce n’est pas toi qui lui a demandé de s’arrêter ? -BINETTE : c’est vous qui m’avez fait peur « kate ! » « wayé » face à vous, Ussain Bolt risque de perdre son titre de champion du monde du cent mètres, vous êtes rapides « deh !! » hahaa. C’est sur ces rires que nous sommes rentrées dans notre chambre, en sueur. Isac était devant notre porte. -PHILY : salut chéri, je n’ai même pas remarqué ta voiture à l’entrée. Tu es là depuis longtemps. -ISAC la prenant dans ses bras : non, juste une dizaine de minutes, j’avais la flemme de descendre. Où es ton téléphone ? J’ai essayé de t’appeler. PHILY : mince j’ai oublié d’enlever le mode silencieux à la sortie de l’école. On était à la plage. -ISAC : et pourquoi vous êtes aussi essoufflées ? Marie, en vrai rapporteuse s’empresse de lui raconter la scène, sans rien omettre « nak. » -BINETTE : « Bilay Marie mala ragal. » Tu aurais dû être journaliste, « li niaw na way. » -ISAC : mdr, « yow » Binette tu joues à la bagarreuse « now ? » Il aurait dû t’attraper « rek nga kham. » -BINETTE : « wayow » le gars « kate daffa soof », impatient qu’il est. -PHILY à Isac : tu reviens du boulot ? -ISAC : Oui, je ne suis même pas encore allé chez moi. Tu me manquais trop, j’avais envie de te serrer dans mes bras avant de rentrer. -MARIE : hum, arrêtez s’il vous plait, je suis jalouse je le jure. -PHILY : c’est ton blem, tu n’as qu’à aller rejoindre ton chéri. Adiouza l’a bel et bien dit. « kou lamb ya teye, dagoul founioula nobé » -ISAC : loool, bien répondu chérie. Bon, je vous laisse les filles, passez une bonne soirée. Ils sont allés bécoter avant que Phily ne revienne. Lol. -MARIE : si bisous pouvait rendre enceinte là, tu aurais déjà une pouponnière je te jure Phily. -PHILY la conjurant : « chiii Marie dimbeulima ak wakhi » grossesse s’il te plait, ça m’a traumatisé je te jure. Mdr. -BINETTE : « Isac dal khamani nobaténa » ! Il est réellement amoureux le pauvre. Lool Mon téléphone signale un message d’Ibou. « Est-ce que tu m’en veux pour quelque chose ? Je te sens assez distante ces temps-ci. » Bien sûr que je t’en veux, oui, parce que cet idiot m’a fait croire qu’il n’avait personne, laissant libre cours à mon imagination. J’ai raison de prendre mes distances, « go wayow. » Mais je ne lui réponds pas ça bien sûr. « Non, du tout, je devrai ? » -IBOU : je ne sais pas. Il faut qu’on en parle. Avec le boulot, je n’étais pas très présent ces derniers jours à l’école. Tu fais quoi samedi soir ? » -MOI: rien de particulier. J’étais à Thiès ce weekend, donc je n’y retourne que dans deux semaines. -IBOU : cool, à samedi alors. Le samedi il est passé vers dix-neuf heures, juste après la prière du crépuscule. Waouw, Monsieur est sapé « deh » ! Il va au bal ou quoi ? -IBOU : bonsoir tout le monde ! -LES FILLES : Bonsoir. -BINETTE : « wa parrain de moi ninga def ?? » hum, j’aime « mane. » Tu es trop bien habillé. -IBOU : lool, merci filleule de moi. Tu es prête Fatima ? -MOI : oui, oui, on peut y aller. On va où d’ailleurs ? -IBOU : surprise. -MOI : ok. Dès qu’on tourne le dos cette folle de Marie m’envoie un texto. « Joli, joli, vous êtes mimis tous les deux. ‘ todial keur gui la maison.’ Casse la baraque. De la part des filles. Lool. » Elles sont folles. Il avait la voiture d’Isac. Hum, monsieur bien sapé avec une carrosse, un samedi soir ? Hum, ça ne vous dit rien à vous ? Voyons voir où tout cela va nous mener. Il m’a amené dans un nouveau restaurant qui vient d’ouvrir depuis quelques temps. Très simple et joli comme j’aime. Il y avait du monde quand même. Des couples pour la plus part. Moi j’étais habillée en robe, simple et classe histoire de ne pas trop me faire remarquer. On a pris une table et un délicieux cocktail nous est servi. Je sentais nettement qu’Ibou avait quelque chose en tête. Mais quoi ? -IBOU : tu es splendide du sais. La robe te va à merveille. -MOI un peu gênée : merci, toi aussi t’es pas mal. -IBOU : merci. Il prend un ton un peu plus sérieux : -IBOU : Fatima, si j’ai tenu à ce qu’on ait ce tête à tête, c’est parce que je pense qu’il est temps. Oui, temps que je parle, et surtout, que tu m’écoutes. L’autre jour, quand tu es passée à la maison, tu as trouvé une fille là-bas. Elle s’appelle Mamy. Elle a été l’amour de ma vie, je ne te le cache pas. J’ai aimé cette fille. Nous sommes sortis ensemble deux ans. Je m’étais déjà fait à l’idée qu’elle sera ma femme, la future mère de mes enfants. On a tout partagé. J’étais jeune étudiant, elle aussi. Je l’ai présenté à ma famille. Nous sommes allées ensemble jusqu’à Saint-Louis. Elle était extraordinaire. Enfin, elle paraissait extraordinaire. Nous avions pour projets de nous marier juste après notre maîtrise. Il marque une pause, là, on voit nettement sur son visage que le reste « moy lolou. » -IBOU : Elle est tombée enceinte d’un autre mec. Tu ne me croiras peut être pas, mais je tenais à ce qu’elle se préserve jusqu’au mariage, donc hors de question de franchir ce cap. Je lui faisais confiance. C’est sa mère qui me l’a dit. Parce que mademoiselle n’a trouvé rien de mieux que de dire à sa mère avec qui j’avais d’ailleurs de bonnes relations, que je l’avais mis enceinte, qu’en fait, j’ai abusé d’elle. Ce qui est faux Fatima. Je te jure. Son père a promis de me trainer en justice pour viol. -MOI : Et après ? Qu’est ce qui s’est passé ? Heureusement pour moi, je m’en suis très tôt ouvert à mon oncle qui était de passage à Dakar ces temps-là. Il m’a alors proposé de prendre Mamy à son propre jeu. La faire avouer. Je l’ai alors invité chez moi. Je lui ai tenu un de ces discours émouvant genre « même si je ne suis pas l’auteur de cette grossesse je te promets de rester avec toi et de t’épouser après l’accouchement. » elle a mordu à l’hameçon et s’est confiée. J’ai enregistré la discussion dont j’ai remis une copie à son père. Il a finalement renoncé à porter plainte. -MOI : J’ai l’impression d’être dans un film. -IBOU : je sais. J’ai coupé les ponts avec elle, je recevais ses messages que je supprimais de suite. Après tout ce qu’elle venait de me faire. Après son accouchement j’ai appris que l’auteur de la grossesse l’a épousé. Je n’avais plus tellement de ces « news », avant qu’elle ne débarque chez moi l’autre soir. Elle était en pleurs, l’air perdue. Elle m’a expliqué qu’elle a eu des problèmes avec son mari et que ce dernier l’a répudié en pleine nui et qu’elle n’avait pas ou dormir. Elle m’a supplié de la laisser passer la nuit. Là il me fixe, comme pour me convaincre de la sincérité de ses propos. -IBOU : il ne s’est rien passé entre elle et moi. J’avais pitié d’elle parce qu’après tout c’est une femme. Je l’ai accueilli et j’aurai fait pareil pour n’importe qui d’autre. D’ailleurs elle a dormi dans l’autre chambre. Voilà, je tenais à ce que tout soit clair avant de faire ce que j’ai à faire. -MOI : hein ? Comment ça ce que tu as à faire ? Qu’est-ce que tu as à faire ? Sa réponse ne s’est pas fait attendre. Il m’a tout simplement embrassé. Oui, un tendre baiser je vous dis. Rien que d’y repenser j’ai la chair de poule. Looool ! C’était mon premier baiser. Je vous assure, le premier, et c’est avec l’homme que j’aime. Que demander de plus ? -MOI: heuu, tu fais quoi là ? -IBOU : ce n’est pas assez clair pour toi ? Je reprends alors. -MOI : non c’est bon. Les gens nous regardaient grave, j’étais mal à l’aise tout d’un coup. -MOI : qu’est ce qui t’a pris avec tout ce monde qu’il y a autour ? -IBOU : je m’en fous de ce monde. Je ne vois que toi actuellement. A l’endroit des gens qui nous regardaient : « je l’aime » Des couples nous souriaient avant que l’un d’entre eux ne nous lance. « C’est beau l’amour » Walay tu ne crois pas si bien dire !


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