Journal intime (13) : Retrouvailles

Journal intime (13) : Retrouvailles
ven. 9 sept. 2022, Journal intime, par Fatima

Les jours suivants Binette avaient repris les cours. Et ça allait bientôt faire deux semaines qu’elle n’était pas sortie le soir.

Apparemment l’histoire lui a servi de leçon. Au début il y avait une certaine gêne entre nous, de sa part surtout, mais bon, maintenant ça va. Nous avons retrouvé notre Binette, plus fofolle que jamais. Fa elle avait quitté Claudel pour un appart qu’un de ses mecs lui aurait loué paraît-il. J’imagine que vous souhaitez savoir comment ça c’est fini avec Safy ? Eh bien elle m’avait foutue la paix, enfin momentanément. Nous avons mis Binette au courant, notre groupe s’était reformé. Nous étions tout le temps ensemble. -BINETTE : reste sur tes gardes Fatima, ou plutôt, restons sur nos gardes « ndax » si elle te touche elle aura affaire à tout le groupe. Ce genre de fille ne se laisse pas faire aussi facilement. Je ne serai pas surprise d’apprendre qu’elle te prépare un sale coup. -MARIE : Binette tu dis ça parce que t’as pas vu la raclée qu’on lui a donné l’autre jour ici. On l’a grave menacé. Elle a compris je crois. -PHILY : non Marie, je suis d’accord avec Binette, ce serait trop facile. Et puis « Niak la nak », restons sur nos gardes « dal. » -MOI : franchement les filles ça suffit comme ça avec celle-là. Même si elle me cherche je ne vais plus répondre à ses provocations, j’ai d’autres chats à fouetter que de me donner en spectacle pour un homme. Qu’elle prenne Ibou pendant qu’elle y est, elle a ma bénédiction. -PHILY : « tapete !! « -MOI: merci « beug na ! » Binette avait raté pleins de devoirs, fallait donc qu’elle se rattrape si elle ne voulait pas reprendre l’année. Et ça il en est hors de question. Nous avons donc mis le paquet ces semaines, révisions intenses avec elle. Trois semaines que je n’étais pas allée à Thiès. Ndiaya me manquait, fallait vraiment que je la revoie, Codou ainsi que les Daltons aussi. Mais bon, le jeu en vaut la chandelle. Les exams approchaient et fallait vraiment mettre le paquet. Ibou était de moins en moins présent. Juste des appels et des sms histoire de prendre de nos nouvelles. Monsieur est hyper à cheval sur les études, il ne voulait pas nous déranger. Nous avions complètement oublié le phénomène Safy. On ne se voyait plus trop. Nous avons réussi haut la main le premier semestre. « Danio aye nak ! machallah! » Nous avons validé tous les UV, même Binette je vous dis. Ouf, on pouvait donc souffler un peu. L’anniversaire de Binette était une belle occasion. Elle a décidé de fêter ça à Claudel. Elle a invité quelques-unes de ses copines, les filles du couloir avec qui nous avons sympathisé et des camarades de promos. Une petite fête simple mais cool. En bon parrain, Ibou lui a acheté un énorme gâteau où il était écrit : « happy birthday filleule adorée de moi » - BINETTE : « Ayow » Ibou, ne fallait pas te donner cette peine. -IBOU : tu es ma filleule adorée toi aussi c’est la moindre des choses. En plus du gâteau il a apporté des boissons, des pizzas et des sucreries. S’il n’est pas « diongué » mon homme ? Hum, zaime. A minuit nous avons tous entonné « joyeux anniversaire Binette ! » elle tellement émue qu’elle n’a pas pu retenir ses larmes. Comme cadeaux, Phily lui a offert une belle jupe, Marie un parfum et moi des boucles d’oreilles. Vers les coups d’une heure du mat un mec fait son apparition à la fête. Pééééé il est beau ! Beau de chez beau je vous dis. Teint marron, élancé, des yeux de biche. OH MY GOD !! Il portait un joli polo gris et un jeans, décontracté mais toujours beau. Binette répondait au téléphone, à sa sœur qui vit en France, elle lui faisait dos. -LE BEAU : bonsoir tout le monde. Dès qu’elle a entendu le son de sa voix, elle s’est retournée, et voyant l’expression de son visage avec les larmes qui lui montaient aux yeux, il a compris qu’il n’était pas le bienvenu. Mais attend, hiiiii, est ce que ce n’est pas Don Omar ? -BINETTE : qu’est-ce que tu fous ici ?? -LE BEAU : Joyeux anniversaire bébé ! -BINETTE : je ne suis le bébé de personne, qu’est-ce que tu fous ici ? Nous avons toutes compris que c’était lui. -LE BEAU comme s’il n’avait pas entendu la question de Binette : j’aurai voulu être présent à minuit et te chanter happy birthday mais j’étais hyper occupé. Il s’avança comme pour lui faire une bise et pam !! La gifle de binette !! -PHILY : « Niaw !! » -BINETTE : ne t’approches pas de moi sale porc. Tu penses que tu peux t’amener avec tes cadeaux et tes mots et faire comme si de rien était. Dégage de là. -LE BEAU se tenant la joue : il faut qu’on parle. Il prit Binette par la main et tente de l’attirer hors de la chambre. -BINETTE : lâche ma main Don, nous n’avons rien à nous dire, tu fiches le camp d’ici « lawax. » -LE BEAU : oh que si, nous avons beaucoup de choses à nous dire même. Il faut que tu m’écoutes mon cœur, s’il te plaît. Il tente de reprendre sa main quand Ibou s’interpose. Allez chéri !! Allez mon cœur, donne lui un crochet,(touy, wé croc en jambe ko mou danou) me disais-je intérieurement. -IBOU : elle a été claire mec, elle ne veut pas te causer. -LE BEAU : mon grand, ce n’est pas à toi que je m’adresse, c’est une histoire de couple, ne te mêle pas de ça. -BINETTE hors d’elle : couple, « anna couple ici ? » Tu es en couple avec qui salaud ? Hein ? Après tout ce que tu as osé me faire tu t’attends à ce que je te saute dans les bras. Il n’y a plus de nous deux depuis belle lurette et tu le sais. Nous « mom », nous jubilions. Phily et Marie ne cessaient de lancer des « niaw mala fan deh, ya dof deh, allez Binette » Après avoir longuement regardé Binette qui soutenait son regard pendant que les larmes perlaient de ses joues, il dépose le paquet qu’il avait par devers lui sur la table avant de se retourner pour partir. -BINETTE : hé hé hé, ramasse tes saloperies, je ne veux pas de ton cadeau. « Aye bi gathié » (oh la honte), mais il a fait comme s’il n’avait pas entendu et est parti hyper en colère. Pfff, il s’attendait à quoi lui, un accueil princier, après tout ce qu’il a fait à cette fille. Rêve toujours « young man. » Binette continuait de pleurer, Marie est allée la prendre dans ses bras. -MARIE : hé ne gâche pas ta fête à cause de cet idiot. Il n’en vaut pas la peine !! Allez « way » -BINETTE : t’as raison, que la fête continue ! « Musique bi di reuk niouy pakargni comme pas possible. » Ibou prend congé après une bise à chacune d’entre nous. Les invités aussi s’en vont peu à peu. Nous nous sommes retrouvées toutes les quatre sur le même lit, laissant l’autre inoccupé. Lol -BINETTE: les filles… merci, merci d’être là, merci d’exister. Je sais que j’ai pas du tout été cool avec vous et Dieu sait que je le regrette. Vous m’avez trop manqué. -MARIE sautant sur elle : A nous aussi tu nous as manqué petite folle. « Wa » Binette entre parenthèse l’autre jour si Phily t’avait laissé tu allais frapper Fatima ? mdr !! Une pauvre petite comme ça tu n’as même pas eu pitié ! « bilay ya sokhor. » C’était le fou rire. -MOI : « yow » Marie laisse celle-là, elle aurait dû me toucher « rek ba Ibou fekk ko fi », ça allait barder pour toi. -PHILY: “mane bala maye déh rek mouné Ibou !” Ce gringalet. « May wakh mouné day sorou « Don tout à l’heure, non mais il n’a pas peur ce mec « deh ! » Don aurait fait de lui une seule bouchée ! hahaaaaaa ! -MOI : hé Phily je ne te permets pas hein, « moh », comment tu parles à mon petit mari à moi !! Hum, fais gaffe. -MARIE : sérieux Binette je comprends que tu aies perdu la tête ces derniers temps. Don là il est beau « deh » !!!!!!! MON DIEU !! Toutes les filles le dévoraient du regard. -PHILY : « mane deh » j’ai aimé ta baffe, » Djiguène fouleu way !! » Là je retrouve ma Binette, tu es réintégré dans le groupe c’est bien ma fille. On a passé la nuit à rigoler, à parler des cadeaux, de l’accoutrement de certains invités, de la danse des autres… en vrai filles quoi. Je ne saurai vous dire à quelle heure nous nous sommes endormies là, sur ce lit minuscule, nous quatre. Nous ne connaissons que depuis à peine quelques mois, mais nous sommes devenues une famille par la force des choses. Une famille où l’on se chamaille, on se traite de tous les noms pour ensuite se réconcilier. Une famille soudée, qui ne supporte que quelqu’un s’attaque à l’une d’entre nous. Oui, elles sont ma famille. Et c’était le début d’un très beau compagnonnage. Je vous adore les filles. Elles se reconnaîtront. Francesco Alberoni dit qu’ «un ami est toujours un extra-terrestre qui nous permet de dévier de notre parcours quotidien à la découverte d’un ailleurs inaccessible. Être l’ami de quelqu’un signifie qu’on le prend au-delà des apparences. Il nous rend justice en toute occasion. Il nous aide à aller, au risque de se perdre, où notre destin nous appelle. » J’approuve. Pas vous ?


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