Un chemin ensoleillé, Mariame (4)

ven. 18 sept. 2020, Mariame, par Bessy

Tous les matins, ce bel inconnu déposait une dame âgée qui devait être sa grand mère ainsi leur domestique à l’entrée du marché.

Cinq années s’étaient maintenant écoulées et la suspension de mes études s’est transformée en arrêt. J’étais aujourd’hui vendeuse de fruits et légumes au marché, et j’avoue que depuis que j’ai remplacée ma mère, le commerce a pris un tout nouveau souffle et avait réellement prospéré : j’avais appris à connaître les meilleurs endroits où vendre ma marchandise et aux meilleurs moments de la journée, tout cela au prix le plus compétitif tout en réalisant un très bon bénéfice. De plus j’avais développé de bonnes qualités commerciales qui me valaient une très fidèle clientèle qui parfois venait de zones très éloignées pour venir s’approvisionner chez moi. Il m’arrivait même de livrer certains clients par journées et de confier la vente sur place à ma mère qui maintenant faisait son petit commerce d’encens, parfums et colliers de perles à la maison, ce qui lui permettait de s’occuper parallèlement de mon petit frère. Cette amélioration considérable du chiffre d’affaires ainsi que les revenus générés par le commerce florissant de ma mère nous à permis de quitter la chambre dans laquelle nous vivions pour un appartement plus spacieux et commode, mais toujours en banlieue qui pouvait contenir notre famille qui s’était élargie avec la venue de « thiaat ». Il avait beaucoup grandi mon petit « thiaat », c’est ainsi que je l’appelais affectueusement. Les circonstances de sa naissance, qui n’ont pas été les plus faciles, m’ont énormément rapprochées de ma mère et ont crées l’attachement particulier que je lui vouais. J’ai veillé sur lui depuis sa naissance, à tel point qu’il ne pouvait se défaire de moi, en effet depuis sa période de sevrage, il n’y avait pas une seule nuit où ne dormait à mes cotés, et sensible à ma présence il se mettait à pleurer chaque matin dés l’aube alors que je quittais le lit pour me préparer à me rendre chez le maraîcher. Après « Yaye », c’est mon prénom qu’il a su prononcer en deuxième, il m’appelait alors « Mama » comme il ne savait pas prononcer correctement mon prénom « Mariame » et ce surnom ne m’a pas quitté car aujourd’hui toute la maisonnée m’appelle ainsi. Il porte le prénom de mon instituteur, Souleymane Badiane, qui s’était montré très serviable et prévenant le jour le où ma mère a donné naissance à mon frère. Ainsi, mon père avait tenu à lui donner ce prénom pour remercier mon professeur sans qui il ne serait peut être pas parmi nous aujourd’hui. D’autre part, l’entrée de Souleymane dans la famille avait considérablement rapproché mon père de ma mère. En effet Soulèye étant son tout premier fils et son petit dernier, il était très attaché à lui, ce qui avait entraîné une augmentation de la fréquence de ses visites à la maison. Papa se montrait plus attentionné à l’égard de ma mère et veillait à ce qu’elle ne manque de rien. Il me semble qu’il regrette énormément sa négligence et son orgueil passés qui l’ont poussés à la délaisser au moment où elle avait le plus besoin de son soutien, ainsi depuis la naissance de thiaat il essaie de se faire pardonner auprés d’elle, car bien qu’elle lui aie pardonné, il semble toujours pris d’un grand remord. Monsieur Badiane, quant à lui nous rendait très fréquemment visite comme il était également très attaché à mon frère qui est son homonyme et que j’étais toujours « sa Mariame », celle qu’il considérait comme sa propre fille. Il n’y avait pas une seule semaine que nous passions sans avoir de ses nouvelles, il se préoccupait constamment de notre bien être et de notre sécurité. Aussi, il me répétait tous les jours que maintenant que tout allait mieux, je devrais songer à reprendre les cours et malgré ma réticence il ne cessais de m’encourager. Cette grande réticence était due au fait que l’amélioration de nos conditions de vie était en grande partie due à mon nouveau mode de gestion du commerce de ma mère et que la répartition du travail au sein de la famille nous permettait d’augmenter nos revenus et ainsi d’assurer la scolarité de mes sœurs et celle de mon petit frère qui faisait actuellement les petites classes pré scolaires. Combien de fois à t il proposé son aide financière sans que je ne refuse tout en sachant qu’il avait une famille à gérer et ayant conscience des revenus moyens des instituteurs de la fonction publique ? Je ne voulais vraiment pas abuser de sa gentillesse pour le mettre à son tour dans l’embarras. Il me réitérais ainsi chaque fois son aide que je déclinais poliment et il ne manquait aucune occasion de me rappeler à quel point j’étais brillante et que je pourrais avoir un meilleur avenir en reprenant mes études. Aussi, je luis confiais mes craintes : en effet cinq années s’étaient écoulées et bien que je n’avais pas oublié grand chose de ce que j’avais appris, je me sentais parfois un peu gênée de devoir reprendre le collège alors que j’étais une jeune femme de vingt et un ans. Il me rassurait en me répétant que je ne devrais pas et que j’étais encore jeune et que par conséquence je devais songer à étudier et augmenter mes connaissances, ce qui me permettrait d’élargir mon champ de compétences. Mais têtue comme je suis, je préférais continuer le commerce car j’avais également conscience de la situation dans laquelle nous étions et je savais très bien que si j’arrêtais le commerce, notre situation pourrait se dégrader et je ne souhaitais pas revivre dans les mêmes conditions que celles dans lesquelles j’avais vécue dans mon adolescence. Et même au delà de cet aspect matériel, je ne voulais pas que mes petites sœurs ainsi que mon thiaat revivent tout cela et j’étais déterminée à leur assurer un meilleur avenir. - Je ne souhaitais pas qu’ils côtoient certains types d’individus peu recommandables que l’on pouvait rencontrer dans les conditions de misères dans lesquelles nous vivions et qui pouvaient les influencer négativement vu leur jeune âge - Je voulais qu’ils abordent sereinement leurs études, sans se demander si leur scolarité mensuelle pourra etre réglée - Je voulais épargner à ma mère ce travail au marché qui pouvait parfois s’avérer éprouvant sous le chaud soleil et je voulais la soustraire à ces déplacements incessants tout au long de la journée pour changer d’emplacement en fonction du lieu d’affluence de la clientèle. Oui, je m’étais peu être sacrifiée mais c’était pour la bonne cause car j’étais heureuse de voir ma mère comblée et épanouie, de savoir que ma petite sœur Aicha préparait consciencieusement et sereinement son BFEM et que Lalah avait obtenu son bac cette année et qu’elle s’était actuellement inscrite en faculté de droit. Leur réussite était mienne et c’était mon seul sujet de préoccupation, aussi je m’en contentais largement ! Ce jour là je revenais de chez le maraîcher et m’apprêtais à me rendre au « Grand Marché » et comme à mon habitude, je faisais partie des premières venues et je préparais mon étalage après avoir saluées d’autres vendeuse avec lesquelles je m‘étais liée d’amitié. Quelques instants plus tard, les premiers clients venaient s’approvisionner et plus le temps passait plus l’affluence des clients augmentait. Et enfin l’heure tant attendue arriva, neuf heures trente, cette heure c’était mon heure. - L’heure du rêve - Les doux moments d’évasions volés en sa présence - L’instant de pur bonheur Et il arriva, comme à son habitude. Tous les matins, ce bel inconnu déposait une dame âgée qui devait être sa grand mère ainsi leur domestique à l’entrée du marché. Il garait sa belle voiture et en descendit pour faire sortir à son tour cette gentille dame au visage si doux qui ne s’approvisionnait que chez moi comme c’était une fidèle cliente de ma mère. Je réajustais instinctivement la marinière que j’avais mise en ce vendredi sans trop savoir la raison de ce geste, et réarrangeais rapidement mon étal pendant que ma gentille cliente approchait. J’avais les yeux rivés sur mon étal et je ne pouvais la voir venir vers moi et je fus bien surprise lorsqu’une belle voix virile me sortit de mon activité. « A Salamoualeykoum » Sa voix était plus belle que dans mes rêves, je me redressais et le voyais de prés pour la première fois, mon Dieu qu’il était beau, si beau que je n’eus pas le courage d’admirer et de distinguer chaque fine composante de son magnifique visage. Soudain prise d’un grand trac que je maîtrisais bien, je lui retournais la politesse et détournais pudiquement mes yeux vers sa grand mère à qui je souris.


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