Un aller avorté par un retour… (4) : C’était fabuleux !

Un aller avorté par un retour… (4) : C’était fabuleux !
ven. 26 août 2022, Un aller avorté par un retour, par Elle

Conformément aux attentes de cette cellule, les missions et projets s’enchainaient, se chevauchaient. Les uns plus complexes et prenants que les autres. Les périmètres d’intervention se faisaient plus vastes et variés. Les déplacements se multipliaient.

Les enjeux suivis au pas et à la loupe par le central. J’aimais davantage ce que je faisais mais surtout la personne que je devenais. C’était fabuleux. Côtoyer les références du milieu, mener de bout en bout des programmes et projets stratégiques, travailler en étroite collaboration et confidence avec les décideurs. La confiance était au rendez-vous et il ne fallait surtout pas que je déçoive. Ni à mon propre niveau, ni vis à vis des autres. Je voyais à présent d’un autre œil, les réalités du monde des affaires. Les enjeux sont tellement encadrés et pilotés sur le long terme et la continuité qu’à présent, il m’était plus facile de comprendre pourquoi il arrivait que certaines décisions soient prises malgré qu’elles ne soient pas forcément appréciées par une grande majorité. Au regard du volume important de la charge de travail, une restructuration propulsa mon mentor à la tête du pôle dédié au pilotage de tous ces chantiers. Il était devenu essentiel de mettre en place ce levier avec toute une équipe, principalement composée des collaborateurs de l’ancienne direction que nous occupions à mes débuts, pour faire rouler la machine. J’étais son backup et maintenais le cap tant bien que mal. J’assurais son intérim en cas d’absence et elle me responsabilisait tout autant en me déléguant plusieurs tâches et projets. La confiance était le maitre mot et le sens du partage la pédale principale. Tout se passait bien malgré que le rythme, la pression, et l’affront des états d’âmes en deviennent par moments, insoutenables. Il est vrai que nous n’avions pas le N+1 le plus facile à vivre. La pression qui lui parvenait de la maison mère était perceptible à notre niveau. Bien vrai qu’il soit le seul trait d’union, mais faut lui reconnaitre quand même qu’à ses objectifs et sa vision, il y tenait fort et se donnait tous les moyens d’y arriver. Il n’y avait donc pas de place pour le laxisme, les hésitations, les ouï dires et les propos indéfendables. Tout ce qui faisait l’objet d’une étude devait être cohérent. Même dans l’erreur, il fallait trouver le moyen de défendre ses positions. Et ce, de manière intelligente. Il y allait à une vitesse grand V doublée d’une motivation et d’un élan d’innovation incommensurables. Tel un manager, il n’hésitait pas à monter au créneau pour défendre les intérêts de ses orientations. Parallèlement, il avait horreur d’être discrédité surtout s’il venait à se rendre compte de la légèreté de ce qui lui était présenté. Avec lui, ça bossait, et ça bossait vraiment dur. Naturellement, il n’était pas apprécié de tous. Ce qui ne me concernait pas réellement dans le fond. Car ce qui m’intéressait vraiment, c’était ce qu’il m’apportait dans ma carrière. D’autant plus que je n’avais pas de souci particulier avec lui. Et pour avis personnel, c’est selon la posture, le caractère et l’intégrité que nous incarnons vis-à-vis des autres, que l’on arrive à se faire respecter. Quand on se veut irréprochable, il faut se donner les moyens de l’être. Je ne vois pas par quel moyen, quelqu’un se sentirait à l’aise de nous écraser gratuitement, d’une quelconque manière sans qu’on ne lui prête le flan. Cela existe certes, mais dans ce cas précis, cette méchanceté gratuite n’y avait pas de place. Je ne me rappelle pas avoir eu d’altercations avec cet homme. Je le voyais en descendre plus d’un, s’éloigner du standard de la parole respectueuse et décente, se permettre des réflexions ou commentaires désobligeants. J’observais et me persuadais que jamais, je ne lui en donnerai l’occasion. Entretenir ce rythme soutenu pendant quatre longues années n’était pas une tasse de thé. Au risque de cultiver une fatigue chronique qui finirait par se traduire par une baisse de productivité et de performance, au prix de la santé mentale, le besoin de se redéployer en interne se faisait imminent. Début du jeu de chaise musicale. Mes copilotes de long chemin réorientaient successivement leurs parcours professionnels. Il était temps de découvrir autre chose. Dans la foulée, je venais de renoncer à une opportunité qui, dans un premier temps était alléchante, mais au final s’est retrouvée moins intéressante face à une contre-proposition de ma firme pour me garder. Déjà que j’étais parvenue en 05 ans à incrémenter mes avantages. Mes évaluations annuelles témoignaient grandement de ces évolutions et étaient sanctionnées par des augmentations aussi bien salariales que sociales. Démissionner n’était plus la meilleure option malgré le fait que je cherchais à découvrir de nouvelles choses et me lancer dans une autre dynamique. En interne, ils s’y attelaient déjà et une réorientation de mon plan de carrière était engagée. En attendant, j’ai accepté de prendre le lead du pôle, le temps de me trouver un point de chute différent de mon domaine habituel. Ce n’était pas une chose complexe vu que j’étais déjà le backup de l’ancienne responsable et qu’à son départ j’ai eu à piloter, un long moment, le pole en intérim. Je ne voulais juste pas m’y éterniser de manière à m’y condamner car j’avais non seulement l’envie, mais également le besoin de nouveaux challenges. Quitter l’open-space pour rejoindre le bureau indiqué de la responsable me rendait fière, mais j’avais en même temps un léger pincement au cœur. Cela m’éloignait aussi bien physiquement que hiérarchiquement de mes compagnons. N’eût été la confidentialité de certains entretiens que je devais tenir, de documents et présentations à bâtir, ou de sujets à traiter en conf-call ou présentiel de manière réservée, je serai restée volontiers dans cet espace convivial de partage, décompressé et plein de complicité. Après tout ce n’est qu’un titre, mais dans les faits rien ne changeait à mon niveau. J’y passais autant de temps que je pouvais me le permettre, la porte du bureau toujours ouverte (sauf cas particulier). Les sujets sur lesquels je travaillais selon les degrés d’importance et de criticité, j’y affectais toujours un titulaire et son backup pour en assurer la continuité d’activité. J’étais toujours là, disponible et disposée à collaborer, orienter, appuyer, guider et couvrir ceux qui en avaient besoin. Le tout se passait dans une atmosphère inclusive. Je me faisais relire après mes travaux, question d’avoir un regard neuf sur mes livrables. Je recueillais les avis des uns et des autres sur les sujets qui se présentaient. Je m’appuyais sur les domaines d’expertise de chacun pour parfaire certaines de mes analyses et m’assurer de ce que je délivrais. À l’échelle de la boite, je recevais des encouragements du fait de mon jeune âge et des responsabilités que j’ai pu atteindre en l’espace de six ans. La perception que les gens avaient de moi ne semblait pas s’éloigner du constat qu’ils se faisaient de ma personne quand il nous arrivait de collaborer. Je m’en réjouissais. Il est vrai que mes compagnons me précédaient d’une décennie en moyenne, mais j’ai pu me frayer un parcours et ainsi piloter une équipe truffée de compétences qui, pourtant dans le passé accueillaient la jeune fille que j’étais. Moi qui pensais que les challenges n’étaient plus de mise. Volte-face. Je me trompais lourdement. Il y en avait bel et bien, juste que je ne les avais pas appréhendés là où il le fallait. J’affrontais à présent tout ce qui pouvait interférer dans les habiletés relationnelles. Je faisais face à des réactions, des braquages, des sabotages, des refus, des retours défiants que je ne saurai expliquer jusqu’à présent. Ça se reflétait beaucoup dans l’aura et il se posait un réel problème de légitimité. Je n’en revenais pas. Il me fallait donc doublement, voir triplement, travailler pour que ces blancs ne soient pas perceptibles par les départements externes. Le pôle devait rester un bloc et totalement transparent et uni. En interne, nous trouverions les moyens de nous réajuster. Cela devenait de plus en plus pesant et éprouvant en termes de gestion quotidienne. De la non-réalisation des tâches, aux appels raccrochés, en passant par le boycott de réunions internes, des absences répétées, les affronts clairement servis et le minimum de travail fourni, j’en ai beaucoup emmagasiné. Parallèlement, j’en apprenais beaucoup sur ma propre personne, car théoriquement, je ne me serai jamais imaginée devoir supporter tout ceci. Comme quoi il est vrai quand on dit que l’on ignore sa force jusqu’au moment où rester fort reste sa seule option. Voilà où j’en étais. Je savais que je ne m’y éterniserai pas, et je ne voulais en aucun cas être celle qui matérialiserait ou entacherai le parcours de ces collaborateurs que j’avais connus sous d’autres horizons et qui, pour je ne sais quelles raisons, se comportaient de la sorte. Qui sait, parfois nous traversons tous des moments sombres dans nos vies ?


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