Tonton Moustapha, Mariame (10)

ven. 2 oct. 2020, Mariame, par Bessy

Mariame remercia tonton Moustapha et lui répondit qu’elle réfléchira à sa proposition.

« Gua topatolma bou bakh mère bi, dinafi gneuwaat khool ni mou def (prends bien soin de ta mère, je reviendrais prendre de ses nouvelles) » Après avoir franchi le pas de la porte d’entrée de l’immeuble dans lequel logeaient Mariame et sa famille, tonton Moustapha se dirigeait vers sa jolie quatre,quatre sous le regard de quelques petits curieux qui aimaient observer tout ce qui se passait dans le quartier. Une fois entré dans sa voiture, il fit un au revoir de la main à Mariame tout en la gratifiant de son plus charmant sourire. Mariame resta sur le pas de la porte et attendit que la voiture s’éloigne avant de se décider à rentrer chez elle, mais elle fut retenue par une voisine, c’était Yaye Astou, qui habitait la maison d’en face. Si elle n’était pas postée sur une chaise juste à l’entrée de chez elle, prétextant prendre l’air, cette jeune dame récemment mariée était toujours chez ses amies du quartier. Plus riche en actualités que le quotidien « Le Soleil »et plus rapide que les fréquences de la radio « Walf », cette femme était un bulletin d’information vivant ! Elle s’approchait de sa démarche nonchalante vers Mariame, affichant son plus beau sourire « Ma chérie yow na gua def, guejna la deg dé, depuis mon mariage gneuwoma setsi ! »(Ma chérie comment vas-tu ? Je ne t’ai pas revue depuis mon mariage !) « C’est vrai mais tu sais je suis tellement prise par le travail au marché et à la maison, mais je viendrai te rendre visite un week end » Mariame, en jeune femme avisée, savait pertinemment que si Yaye Astou s’intéressait subitement à elle, ce n’était pas pour ses beaux yeux car elle l’avait souvent croisé sans qu’elle ne l’interpelle de la sorte, mais parce qu’elle voulait une nouvelle information à rajouter dans sa bibliothèque déjà bien débordante de lourds dossiers ! « Ma gui ley khaar bok (j’attends ta visite avec impatience) …Mais au fait vous avez un petit air en commun avec le monsieur qui vient de partir » dit-elle en désignant de la tête la direction qu’avait prise la quatre, quatre de tonton Moustapha « khana c’est un parent proche? » Ah ! Elle dévoilait enfin ses intentions, « De quel air commun parlait-t-elle ? » se demandait intérieurement Mariame. « Oui, c’est mon oncle » répondit brièvement Mariame. « Ah, je ne l’ai jamais vu, il n’habite pas Dakar alors ? » « Si mais il est souvent affairé » « Je suis sûre que c’est un homme d’Affaires ! Et il lui arrive de venir souvent ? » S’enquit-elle « Parfois, mais aujourd’hui il est venu car maman est un peu souffrante » « Han ? Massa waye, qu’a-t-elle ? » « Un petit palu, mais elle va beaucoup mieux » « Ah, avec tous les moustiques qu’il y a dans le quartier ce n’est pas étonnant…makhala avec toute cette eau de pluie qui stagne depuis deux semaines, ils vont forcément élire domicile ici…Bon je vais y aller, je dois passer chez le tailleur récupérer ma tenue. Tu sais, Coumba Fall dafa am khew ce samedi té maay ndéyalé… » Mariame, qui n’aimait pas se mêler des affaires des autres et qui avait bien perçu que si elle commentait les propos de Yaye Astou, cette dernière, toujours fidèle à elle-même, ne s’arrêtera pas de sitôt et lui raconterait toute la vie de leur connaissance commune. Elle se contenta alors de hocher la tête et lui signifia qu’elle devait aller s’occuper de sa mère. « Okay, gua kholal mako bou bakh (prends bien soin d’elle), au revoir ! » dit-elle avant de poursuivre son chemin. « C’est vraiment incroyable d’être ainsi, c’est à croire qu’elle n’avait pas d’autres sources d’occupation, pourtant elle avait un mariage à gérer ! » se disait Mariame en rentrant dans l’immeuble. C’est donc en pensant toujours à l’insatiable curiosité de Yaye Astou, tout en se demandant s’il était normal de complètement délaisser ses affaires pour ne se mêler que des affaires des autres que Mariame traversait la porte du séjour dans lequel était confortablement installée sa mère à laquelle était blotti son petit « Thiaat ». « Comment te sens tu maman ? »demanda-t-elle « Beaucoup mieux ma fille, tiens veux-tu bien me poser ces médicaments sur la commode ? » dit-elle en lui tendant le sachet contenant les médicaments prescrits par le médecin que tonton Moustapha a tenu à lui acheter. Elle s’exécuta aussitôt et retourna s’asseoir auprès de sa mère, joie de son cœur. Cette dernière la regarda d’un air attendri. « Ma fille chérie je suis si fière de toi, tu as toujours tenu à ce que je ne manque de rien et tu t’es si souvent préoccupée de moi » Je sentais l’émotion qui montait en elle, elle reprit « mais tu sais, il est tant de penser un peu plus à toi, tu peux reprendre tes études par exemple, il n’est pas trop tard tu sais… » « Mais qui s’occupera de la vente au marché alors ? » lui demandais je Elle me regarda de son regard le plus doux avant de poursuivre « tu sais j’ai épargné assez d’argent entre temps, je vais ouvrir une petite boutique au marché et reprendre mon activité, tu sais ce milieu que j’ai toujours côtoyé me manque beaucoup et à présent j’ai besoin de renouer avec. Maintenant que mon petit « Thiaat » a grandi je pourrai me permettre de le laisser seul de temps en temps car il est devenu plus autonome » « Ah Yaye, si c’est ce que tu souhaites je ne pourrai m’y opposer, je trouverai une bonne école et m’y inscrirai » Au marché, Mariame profitait intensément de chaque moment qu’elle passait avec ses amis commerçants, elle n’avait encore parlé de la nouvelle à personne, car de nature discrète, elle ne voulait pas soulever les débats et les discutions autour de sa personne avant que les faits ne se réalisent. C’est donc encore plus rayonnante et débordante de joie qu’elle avait passé la journée. « Ah yow mi lou khew ? amneu li gua mey neubb dé ! Lii yeupp si joie ? (J’ai bien l’impression que tu me caches des choses, quelle est la source de toute cette joie ?) s’écria Aida, une jeune femme dont elle s’était liée d’amitié au marché. « Ah rien de spécial, je suis heureuse rek » lui répondit elle. « yow mii, toggal foufou à jouer à la mystérieuse rek, je finirais par savoir dans tous les cas » me répondit-elle en me regardant d’un air malicieux. « Ah on verra bien » Daaro, une jeune femme qui témoignait très peu de sympathie envers Mariame, passait son chemin et avait entendu la conversation de ces dernières, elle avança l’air bien furieuse tout en pressant le pas. « Moyenam kholalma kii, les jaloux vont maigrir dé ! » s’écria Aida dont la spontanéité était connue par tous. Daaro se retourna et la foudroya du regard pendant que Thierno, l’assistant de tonton Moustapha, se dirigeait vers Mariame et Aida, ce qui éveilla toute la jalousie et la curiosité de la jeune Daaro, qui commençait à faire un rapprochement entre la joie de Mariame et tonton Moustapha. Ils semblaient bien proches ces derniers jours, en effet il l’appelait sans cesse à son bureau et cela la mettait en rage. Se passait-il quelque chose entre eux ? « Salamakeykoum naguen def ? (bonjour comment allez vous ?), Mariame, Moustapha nena gua nieuw wouyou ko (Mariame Moustapha te demande de le rejoindre) Mariame se leva et suivit Thierno qui le menait vers la grande boutique de tonton Moustapha alors qu’Aida lui lançait un discret clin d’œil, « décidément, elle ne changera jamais » se disait intérieurement Mariame. Une fois arrivée dans le magasin, Thierno annonça la venue de Mariame à Moustapha qui sortit de son petit bureau qui se trouvait au fond du magasin. Après de chaleureuses salutations, il l’invita à entrer dans son bureau. « Prends place » lui dit-il d’un ton posé tout en lui tirant l’une des deux chaises faisant face à son bureau, il poursuivit alors que Mariame s’installait « alors comment va ta mère depuis la semaine dernière ? » « Elle va bien » répondit-elle d’un air bien intimidé, en effet Mariame ne fixait que ses genoux et n’arrivait pas à regarder tonton Moustapha très longtemps dans les yeux « je tiens également à te remercier, tonton, pour toute l’attention que tu nous portes, à ma famille et à moi » « C’est tout à fait normal » répondit-il tout en faisant tourner son stylo entre ses doigt et en pivotant sur sa chaise « tu sais, tu peux m’appeler par mon prénom aussi, tu me fais vieux lors que je viens à peine d’avoir mes quarante ans » di- il de son ton taquin. « J’aurais du mal » lui répondit-elle tout en le gratifiant d’un joli sourire. Moustapha resta un moment à l’observer « cette jeune fille a bien grandi » se disait-il. « Autrement ta mère m’a annoncé que tu allais quitter le marché et reprendre tes études, je tenais juste à te dire que si tu as besoin de quoi que ce soit tu peux compter sur moi, j’ai des connaissances au Canada, en France, aux Etats Unis et un peu partout ailleurs et ce ne serait pas un problème pour moi de t’y emmener pour que tu puisses y suivre la meilleure des formations, si tu souhaites aussi rester ici, je connais de très bonnes écoles où je pourrais t’inscrire ». Mariame remercia tonton Moustapha et lui répondit qu’elle réfléchira à sa proposition. « Réfléchis-y bien » lui dit-il .


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