Prise de conscience, Mariame

mar. 8 déc. 2020, Mariame, par Bessy

Pape Aly ne comprit pas trop le sens de cette question et lui répondit que non.

Allongée sur le sofa de Rosie qui était allée chercher des rafraîchissements dans la cuisine, Sylvia pensait à Pape Aly. Il est vrai qu’elle n’avait même pas essayé de le joindre depuis que sa mère a eu connaissance de leur rupture, en fait elle ne cherchait même pas à troubler Aly ni autre chose, malgré le fait que cette rupture la blessait. Ces derniers temps elle pensait beaucoup à lui, mais elle pensait aussi à Henry et se demandait si leur rencontre n’était pas un signe du destin. Après cinq longues années d’absence le voilà qui réapparaissait plus séduisant que jamais, avec son sourire éclatant et ses beaux yeux de biche, et qui, pour couronner le tout, ne semblait pas lui en vouloir après tout ce qu’elle lui a fait subir. Il apparaissait pile au moment où elle sortait d’une rupture douloureuse, et il semblait plus fort que jamais aujourd’hui alors que quelques années auparavant, c’est elle qui avait mis un terme à leur histoire, lui causant énormément de peine. Le narguait-il ? Avait-il connaissance de sa rupture avec Pape Aly et cherchait-il à se venger ? Non, cela ne pourrait pas être possible car ce n’est pas sa nature et de plus il avait quitté le pays il y a des années de cela…Il avait d’autres préoccupations que de surveiller son « actualité amoureuse » et de sauter sur la première occasion pour lui rappeler à quel point il est dur de se faire jeter. Elle était toutefois méfiante à son égard car elle ne connaissait pas ses intentions aujourd’hui, mais ce qui l’intriguait le plus, ce sont les sentiments qu’il a fait resurgir en elle. Elle ne nierait pas qu’elle a eu un sentiment étrangement agréable lorsqu’elle l’a vu, le même sentiment que l’on éprouve lorsqu’on retrouve un être cher perdu de vue depuis longtemps et à ce sentiment se mêlait une certaine nostalgie du passé, c’était bien étrange. Sylvia remua la tête pour chasser ces idées car il ne fallait pas qu’elle faiblisse, il était déjà très dur d’accepter sa rupture avec Pape, il ne fallait pas non plus que son ex réveille en elle des sentiments qu’elle pensait effacés à jamais et qu’il s’en serve pour la blesser ou se venger. Les pas de Rosalie montant les escaliers pour rejoindre sa chambre extirpèrent Sylvia de ses pensées, elle la regarda d’un air ahuri, ce qui eut l’effet de faire éclater de rire Rosie. “Waw yow lane la, loy melni kou tiit?( t’as vu un monstre?) Sylvia rit » Non dara (rien), je réfléchissais rek » « Sa réflexion méti na dé (tu réfléchis beaucoup », à quoi pensais tu ? » Lui demanda-t-elle tout en lui servant à boire Sylvia hésita à lui en parler, mais c’était sa Rosie après tout, son amie, celle à qui elle pouvait se confier. « Je pensais à notre rencontre avec Henry » « Henry ? Avec tout ce que tu lui as fait subir tu penses à lui ? Il a été gentil de s’asseoir à notre table sakh » rétorqua Rosie « Je sais » dit Sylvia qui ressentait une certaine culpabilité « Henry key c’est quelqu’un d’exceptionnel, à sa place je n’aurais pas pu, sans vouloir te vexer ma chérie, c’est que moi j’ai du mal à oublier aussi » dit Rosie tout en tapotant le genou de son amie A ce moment-là Sylvia se remémora son histoire avec lui. Elle avait connu Henry alors qu’elle était en terminale et lui était venu faire ses études au Sénégal. Ils s’étaient connus par l’intermédiaire d’une de ses amies et camarade de classe, Sofia, qui était la petite sœur de l’ami d’Henry. Un jour où Sylvia allait réviser chez Sofia, elle rencontra Henry qui tomba directement sous le charme. Il faut dire que Sylvia était dotée d’une beauté remarquable. Elle non plus n’était pas insensible à lui et ils ont sympathisé. Quelques semaines après, ils étaient en couple et tout se passait pour le mieux : Henry était très amoureux et attentif à son égard, elle ne manquait de rien, mais Sylvia était aussi le genre de fille que tout le monde convoitait, elle était la star de son lycée et beaucoup de personnes la courtisaient. Henry se montait parfois jaloux, mais ne manquait jamais de respect à Sylvia, il essayait tout le temps de lui expliquer ses sentiments calmement en lui disant qu’il supportait mal de voir les garçons qui lui rendaient souvent visite chez elle ou les textos ambigus qu’elle pouvait recevoir d’eux, en fait il n’aimait pas la voir passive face à cette situation. Lui était sérieux et investi dans leur relation et supportait mal que Sylvia se montre si passive et accepte d’être courtisée par d’autres alors qu’elle était avec lui, mais voilà, Sylvia le tenait pour acquis et ne le rassurait jamais. Après avoir rencontrée Pape Aly par l’intermédiaire de leurs parents, Sylvia était tombée sous le charme du jeune homme, elle avait donc délaissé Henry et avait fait croire à Pape qui était aussi charmé par elle à l’époque, qu’elle n’avait personne dans sa vie. Et la voilà qui sortait avec Pape Aly et Henry en même temps, jusqu’au jour où Henry l’a surprise avec Pape Aly. Henry ne lui avait rien dit et Sylvia ne s’en était pas aperçue. Henry s’était alors abstenu de la voir et de lui envoyer des messages, mais cela ne semblait pas déranger Sylvia qui s’en rendait à peine compte, et touché dans son amour propre et terriblement blessé du fait que Sylvia la trompe, il décida de la voir et de mettre cela au clair. Après une discussion houleuse durant laquelle Henry évitait le sujet de la rupture tant il aimait Sylvia et souhaitait juste qu’elle mette un terme à sa relation avec Pape Aly, Sylvia lui signifia avec arrogance qu’elle souhaitait rompre avec lui. A ce moment-là il resta bouche bée et incrédule face aux mots émanant de la bouche de Sylvia, il n’y croyait pas et lui demanda même de répéter, ce qu’elle fit sans même avoir l’air de regretter quoi que ce soit. Henry faillit la gifler pour son arrogance, mais il n’avait jamais levé la main sur une femme et se dit qu’il ne commencera pas, malgré le fait que son sang bouillonnait et que ses yeux étaient rouges de rage et de douleur. Il se retint, et sans un mot, il quitta Sylvia. Depuis ce jour elle ne le revit plus et n’a pas cherché à le revoir, malgré le fait qu’avec le temps, elle a reconnu qu’elle a été bien immature et orgueilleuse à l’époque, et aujourd’hui c’est une grande gêne qui s’était installée en elle envers lui. Elle avait aujourd’hui l’impression que leur histoire était inachevée et qu’elle recevait une grande leçon de vie, et avec le recul, elle voyait qu’elle a souvent montré de l’orgueil à ses compagnons. Et c’est cet orgueil qui détruisait toutes ses relations, celle qu’elle avait avec Henry puis celle qu’elle a eu avec Pape Aly car elle faisait souvent preuve d’égoïsme et prenait toujours pour acquis ce qu’elle avait puis en jouait par la suite en s’en moquant. «S ‘il me nargue, ce serait bien fait pour moi » se dit elle intérieurement, comme elle avait pris conscience du tort qu’elle lui avait causé « Hého » dit Rosie tout en secouant les mains devant Sylvia « Allo Sylvia, Ici la terre, redescends des nuages » Sylvia lui fit un petit sourire et regarda Rosie « En fait je mérite tout ce qui m’arrive Rosie… J’ai fait terriblement souffrir Henry, maintenant c’est mon tour » Rosie s’approcha d’elle et entoura ses épaules « Ne dit pas ça ma chérie, je suis déjà fière de toi car tu as reconnu ton erreur, maintenant, il faut aller de l’avant. » « Je dois des excuses à Henry Rosie » dit-elle en poursuivant son raisonnement, sans tenir compte de ce que son amie venait de lui dire. Dans leur chambre, Lallah et Mariame discutaient gaiement, en effet Mariame avait annoncé à Lallah la demande de mariage de pape Aly, Lallah lui avait fait part de la demande en mariage de Malal il y a longtemps. « Bienvenue au club waye !! » s’exclama Lallah qui tapait des mains !! «Et on va se marier le même jour sœurette !! » Un sourire radieux se dessina sur le visage de Mariame « Mame mom réception bou reuy lay deff nak ! (je ferais une grande réception) » dit Lallah tout en roulant des yeux, et elles commençaient à parler des préparatifs de leurs mariages, de leurs robes, de leurs invités » « Hey tu en as parlé à maman ? » « Pas encore car nous voulions prendre un certain temps avec Pape Aly avant mais je vais le faire de ce pas » Elle descendit alors de son lit et rejoignit sa mère qui égrenait son chapelet dans le salon. Elle attendit que sa mère eut finit, et cette dernière lui fit un beau sourire tout en lui faisant signe de s’approcher. Mariame s’installa à côté de sa mère et lui annonça la demande de mariage de Pape Aly, ce que sa mère accueillit avec joie tout en la félicitant de son choix et en citant les qualités de Pape Aly, elle lui dit alors qu’elle en parlerait à son père qui était à Matam pour lui annoncer la bonne nouvelle. Quelques minutes plus tard, après avoir eu son père au téléphone, la mère de Mariame se retourna vers elle et lui fit un grand sourire en lui annonçant son accord. Mariame sauta de joie et annonça la bonne nouvelle à Pape Aly. Lorsque Pape Aly reçut l’appel de Mariame, il fut transporté de joie et sans plus attendre il dévala les escaliers pour faire part de ses intentions d’épouser Mariame à ses parents qui se trouvaient dans le salon. Le voilà qui se trouvait face à ses deux parents. Ca faisait un moment que Pape préparait le terrain et il était rempli d’espoir. « ‘Pa, ‘man, je souhaiterais vous parler » dit-il tout en s’asseyant face à eux. « De quoi donc ? « demanda son père avec un grand sourire, sentant que son fils allait se lancer dans la grande et belle aventure du mariage « Je veux épouser Mariame » dit-il tout souriant Sa mère sourit à l’annonce de la nouvelle et targua les qualités de la jeune femme, son père reconnu ses qualités puis lui posa une ultime question « Est-elle de notre caste ? » Pape Aly ne comprit pas trop le sens de cette question et lui répondit que non. Le sourire de son père s’estompa alors peu à peu « Tu dois la quitter car elle ne te causera que des soucis», il se leva alors, ne laissant même pas le temps à son fils de s’expliquer et quitta la pièce, laissant le jeune homme sous le choc.


Lisez toute la chronique