Prise de conscience, encore, Mariame

dim. 13 déc. 2020, Mariame, par Bessy

« La détresse peut se lire dans les yeux et peut aussi se sentir, lorsque vous la sentez allez vers la personne et parlez lui, écoutez là aussi et conseillez la dans le bien si vous le pouvez, cela peut éviter certaines situations car partager une peine allège celui qui la porte et peut éviter certaines situations extrêmes ou même certaines maladies»

En sortant du bureau de son père, Pape Aly avait la mâchoire crispée et les traits tendus, il pressait le pas et sortit de la maison. Sa rage commençait à prendre le dessus et n’ayant jamais levé la voix sur ses parents, il préféra sortir pour dégager toute cette colère qui commençait à l’envahir sans qu’il ne puisse la maitriser, il cherchait un endroit ou l’évacuer car il fallait que ça sorte, s’il gardait cela pour lui, cela pourrait le blesser. Il entreprit alors d’aller en salle de boxe ou il se défoula sur le punching-ball et criait de toutes ses forces, heureusement que personne ne s’y trouvait à part le coach à qui il n’adressa même pas un mot tant il était plongé dans ses pensées. Ce dernier le regardait et comprit que le jeune homme avait besoin de se défouler comme il ne lui connaissait pas ces habitudes, il était surpris de voir tant de rage dégager de lui à chaque coup qu’il assénait au punching-ball, tant de colère et de tristesse dans chacun de ses hurlements, il frappait si fort , ses muscles et veines se gonflaient tant à chaque coup, que le punching-ball, si lourd virevoltant dans tous les sens semblait vouloir s’effondrer d’un moment à un autre au sol. Ne le quittant pas des yeux et le comprenait tout à fait, il entreprit de ne pas le retenir car il avait besoin de se défouler, mais préféra rester le surveiller au cas où il se blesserait. Au bout d’une quinzaine de minutes d’acharnement, Aly s’arrêta, haletant, essayant de reprendre ses forces, il ressortit alors de salle comme il était entré puis alla s’asseoir sur un des bancs situés à l’extérieur, une trentaine de minutes plus tard, le coach le rejoignit. « Diambar na gua def ? » (comment vas-tu ?) « Sant » Dit-il d’une voix à peine audible Sentant qu’il était toujours en proie à sa colère, le coach laissa passer un moment de silence avant de s’adresser à lui de nouveau. « Que se passe-il Aly, tu m’as l’ait bien préoccupé ? » « Je vais bien je te dis » dit-il en en haussant le ton et en le fusillant du regard avant de se relever et faire les cent pas, ses idées n’étaient plus très claires dans sa tête et il ne se reconnaissait même plus lui-même, qui était d’habitude si calme. Il rentra à nouveau dans la salle de boxe d’où émanèrent à nouveau les tintements de la chaine à laquelle était accroché le punching-ball qui en a pris pour son grade à nouveau. Cette fois ci il y resta bien longtemps et cria de toutes ses forces, il évacua toute sa colère jusqu’à ce qu’il se sente totalement vidé et que ses poings commencèrent à lui faire mal et que le punching-ball menaça même de céder et il se laissa tomber sur le tapis, totalement lessivé. Il respirait bruyamment et au fur et à mesure que sa poitrine se gonflait et se dégonflait, les larmes qui lui montèrent aux yeux prirent le relais, il laissa alors aller ses larmes tandis que son portable sonnait, il ne prit même pas la peine de regarder qui appelait et voulut jeter son portable contre le mur, mais ses muscles ne lui obéissaient presque plus tant il avait mal. Il éteignit alors son portable puis resta là un moment, ses muscles lui faisaient mal mais ce n’était rien comparé à ce qui se passait juste là, du côté gauche de sa poitrine, dans son cœur. « Mariame » dit-il entre ses dents « Il faut donc que je t’oublie » pensa t-il alors que son coeur lui dictait tout le contraire. Il se sentait si faible et impuissant à ce moment-là. Là, couché sur ce tapis, les idées complètements confuses, avec l’image de Mariame qui lui revenait sans cesse à l’esprit alors qu’il se remémorait les paroles de son père « je ne vais pas te laisser reproduire la même erreur que moi alors oublies cette fille» « Mais je ne commets pas d’erreur moi, je l’aime ! » cria-t-il tout seul, à bout de nerfs en se relevant. Il entreprit alors de quitter la salle de sport, plus calmé qu’à son arrivée et prit son véhicule. Il ne voulait parler à personne, le jeune ne communiquait jamais ses peines, il avait l’habitude de toujours tout garder pour lui. Il errait de part et d’autre de la ville, sans réel but, puis il se gara à proximité d’une plage. Il resta à regarder le paysage sans réellement le voir, aujourd’hui ce paysage qu’il aimait tant et qui le ressourçait tant lui semblait dépourvu de toute beauté. Il essaya alors de garder son calme et récita intérieurement des prières à Dieu, lui demandant de lui donner de la force pour surmonter cette épreuve qui était très difficile pour lui. Il resta là un instant puis ressentit une vive envie de serrer sa Mariame, sa petite femme dans ses bras, il repensa alors à tous les moments qu’ils avaient passé ensemble puis se résolut finalement à ne pas aller la voir car cela ferait ressurgir en li ses sentiments et que cela pourrait le blesser davantage, il décida alors de rentrer, mais pas chez lui, il allait se rendre à la mosquée et implorer son Seigneur de toutes ses forces. Pendant ce temps-là, chez les Diop, Anna avait très mal pour son frère. En effet, à aucun moment la voix de son frère ne s’était élevée durant sa discussion avec son père, mais au vu du visage crispé de son frère qu’elle n’avait jamais vu ainsi, son coeur s’était tout simplement serré. En pensant à lui elle faillit pleurer à nouveau, mais elle se l’interdisait, il fallait qu’ils trouvent une solution, et le moment n'était plus aux pleurs et aux plaintes et tristesse ! Elle avait tenté d’appeler son frère mais ce dernier n’avait pas décroché, elle appela Mariame mais cette dernière lui avait assuré qu’il n’était pas là et elle commençait à s’inquiéter, comme si son frère était en télépathie avec elle, elle reçut à l’instant un message de ce dernier lui disant qu’il ne fallait pas qu’elle se préoccupe et qu’il allait rentrer tard ce soir- là. Elle appela alors Mariame pour lui dire qu’elle venait d’avoir des nouvelles de son frère pour que cette dernière ne s’inquiète pas. Dans son bureau duquel il n’était pas sorti depuis sa discussion avec son fils, Samba Diop était très perplexe et se demandait s’il était réellement juste avec son fils. « Je ne veux juste pas qu’il souffre comme j’ai souffert » se dit il intérieurement « je ne lui veux que son bien, il s’en remettra avec le temps, et puis, des jeunes femmes de bonne famille, ce n’est pas ce qui manque dans ce pays ». Il entreprit alors de sortir de son bureau quand il repensa au visage crispée et triste de son fils qu’il n’avait jamais vu ainsi de toute sa vie, il chassa alors cette idée de sa tête et se dit qu’il était un jeune homme avec l’avenir devant lui et qu’il s’en remettra. Après avoir formulé de ferventes prières à la mosquée et s’être entièrement confiée à son Maitre, Pape Aly décida de rentrer sagement chez lui, apaisé mais toujours peiné. Il rentra chez lui sans que personne ne sache qu’il était rentré, à part sa sœur et il s’endormit directement. Les jours qui suivirent était insipides pour lui, les semaines semblaient se passer lentement, Pape Aly qui était d’habitude si jovial, ne parlait plus et ne riait plus ce qui surprit beaucoup sa mère mais ce qui n’étonna pas son père qui se disait que cela allait passer. Il perdait de son entrain et de sa bonne humeur, ne dormait plus et perdait du poids et était très pensif, son état inquiétait son entourage de jour en jour et son mutisme les inquiétait bien encore, il ne parlait à personne de ses soucis, même pas à sa mère. Un jour pendant qu’ils finissaient de manger, Pape Aly s’écroula à terre et toute la maisonnée accourut, sa mère pris peur et criait de toutes ses forces, Anna était en pleurs et son autre soeur, qui avait le sang-froid, prit son pouls qui battait toujours et appela les pompiers qui accoururent de suite. Quelques instants plus tard, ils étaient à l’hôpital pendant qu’Aly était en salle de réanimation, la mère appela Samba Diop qui accourut de suite. Pendant toute la durée de la réanimation, ce dernier culpabilisait et pensait aux propos qu’il avait eu envers ce dernier sans tenir compte de ce que lui souhaitait. Après tout, il s’était toujours montré mature dans ce qu’il faisait et conscient, pourquoi lui avait -il refusé ce qu’il voulait, sur quoi se basait il, sur sa propre expérience personnelle ? Mais Aly n’était pas lui Mariame n’était pas son ex femme non plus. Se sentant faillir face à toute cette pression, Samba Diop sortit un instant prendre l’air et il pensa à la phrase qu’il se disait tout le temps pour se consoler lorsqu’il voyait la détresse dans les yeux de son fils « il a l’avenir devant lui » « Que sais-je de l’avenir en somme ? Je n’avais pas prévu qu’aujourd’hui mon fils serait dans un lit d’hôpital, luttant pour vivre , je pensais qu’il s’en remettrait et qu’il trouvera mieux, en fait je ne sais rien…» Il entra à nouveau dans la salle d’attente alors que tout le monde attendait le diagnostic du médecin, qui ressortit quelques instants après avec une mine plus rassurante alors que toute la famille s’était levée. « Madame, votre fils est sain et sauf et ses organes vitaux sont intacts» La mère prit le médecin dans ses bras et pleura de soulagement en le remerciant sincèrement Dieu. Sa tension avait dangereusement augmentée et il s’alimentait très mal ces derniers temps, de plus il manque énormément de sommeil et était très tendu… Nous allons le garder quelques jours le temps qu’il se rétablisse. Et avant que j’oublie, pourrais-je vous parler en a privé? Demanda-t-il aux parents qui le suivirent sans dire un mot. Une fois qu’ils étaient assez éloignés des sœurs, il reprit « Qui est Mariame ? » Les parents se regardèrent d’un air confus et le médecin continua « Pendant qu’on le réanimait, votre fils n’a pas arrêté de dire son nom, je pense qu’il s’agit d’une personne à laquelle il tient beaucoup…Si elle pouvait venir le voir je pense que cela contribuerait à l’apaiser » La famille rentra et chacun, soulagé regagna sa chambre où il priait pour le prompt rétablissement de leur frère, leur fils tant aimé. Dans la chambre des parents, Yaye Maimouna s’adressa à son époux : « Tu as récemment discuté avec Pape Aly ? » « Oui » répondit-il, et il lui expliqua leur discussion. « Pourquoi ne m’en as-tu parlé ? » demanda Yaye Maimouna qui était en colère, les yeux pleins de reproches « Par ce que j’avais déjà pris ma décision » « Mais ce n’est pas à toi de décider pour lui, s’il n’arrête pas de te parler de cette femme c’est qu’il ressent quelque chose de sincère pour elle, je t’ai expliqué à plusieurs reprises que pour certaines choses, tu ne peux pas prendre les décisions à la place des autres, tu peux les assister, les conseiller, les guider si tu peux mais tu ne peux pas leur imposer tes propres choix… Tu as vu ce qui est arrivé aujourd’hui ? » Samba resta muet. « Nous avons failli perdre notre fils aujourd’hui, parce que tu ne discutes pas avec les gens qui portant sont des adultes censés » Yaye Maimouna n’adressa pas la parole à son époux et éteignit sa lampe de chevet, pris de regrets, Samba ne ferma pas l’œil de la nuit et regretta son comportement avec Aly. Le lendemain matin, Anna alla rendre visite à Mariame à son lieu de travail à son heure de pause pour lui explique qu’Aly avait été hospitalisé, mais qu’il allait mieux. Mariame demanda à prendre son après-midi de libre et expliqua la situation à Adama qui lui demanda de rester au chevet d’Aly jusqu’à son rétablissement. Il savait à quel point Mariame aimait son homme et n’aimait pas voir le visage de son amie si anxieux. Arrivée à l’hôpital, Mariame vit Aly qui était assis sur son lit, en train de manger. Dès qu’il la vit, un beau sourire radieux se dessina sur le visage du jeune homme, Anna fut si heureuse comme elle n’avait pas revu son frère sourire depuis si longtemps. « Mariame » dit-il en voulant se lever mais Mariame lui fit signe de s’asseoir et elle alla s’asseoir à côté de lui et le pris dans ses bras, en le serrant fort contre elle. « Aly, mon amour… » dit-elle sans oser le regarder Aly lui releva le menton et lui dit tout doucement « Hey, ne fais pas cette tête-là, je vais bien mon cœur, regardes moi, est ce j’ai l’air d’aller mal ? » Mariame fit non de la tête et replongea son visage contre sa poitrine pendant qu’Aly lui faisait des tapes sur le dos, comme on berce un bébé. Anna décida de les laisser seuls et sortit de la pièce et croisa son père en sortant, elle le salua et indiqua qu’Aly était en compagnie de Mariame. Ce dernier hocha la tête et entreprit de voir son fils et saluer par la même occasion Mariame. En les apercevant à travers la petite fenêtre vitrée, Samba resta pensif, il les observait et voyait toute cette complicité entre eux, tout cet amour dans leurs yeux et dans leurs gestes, et surtout, pour la première fois il revoyait le sourire de son enfant. Si c’est cette femme qui le rend heureux, alors je ne vais pas m’opposer à leur amour et puis, qu’est-ce qu’une caste ? Ne sommes-nous pas tous égaux devant Dieu ? Nous ne nous distinguons que par nos qualités, notre vertu et notre piété en fait, se dit-il. Il entra alors dans la salle, salua le couple, et s’excusa ouvertement devant son fils avant de lui donner sa bénédiction pour leur union. « Je ne savais pas que tu l’aimais autant » dit-il Aly se contenta de sourire, et une fois que le père quitta la pièce, Pape Aly sourit à sa Mariame « tu as entendu ce qu’il vient de dire ma petite femme ? » Mariame fit alors un grand sourire à Aly et le serra fort dans ses bras. Dès que je sortirais d’ici s’il plaît à Dieu j’irais demander ta main. « La détresse peut se lire dans les yeux et peut aussi se sentir, lorsque vous la sentez allez vers la personne et parlez lui, écoutez là aussi et conseillez la dans le bien si vous le pouvez, cela peut éviter certaines situations car partager une peine allège celui qui la porte et peut éviter certaines situations extrêmes ou même certaines maladies» Bon week end à tous !


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