Mise au point, Mariame

ven. 4 déc. 2020, Mariame, par Bessy

« Ma fille, comment vas-tu ? Et comment va ta mère ? »

Allongée sur le canapé du salon, Mariame lisait un roman tout en surveillant de temps à autre le petit Thiaat qui s’amusait à monter la voiture télécommandée que lui avait offerte Malal. Un sourire se dessina alors sur son visage lorsqu'elle pensa à ce dernier : elle l’appréciait énormément et aimait la manière dont il s’occupait de sa sœur, c’était un vrai gentleman. De plus il n’était pas ce genre d’homme dont la position sociale rendait arrogant envers les autres, il était simple, posé et respectueux envers tout le monde, il avait compris que l’argent ne faisait pas tout et qu’il y avait tant d’autres choses à découvrir dans la vie. La sonnerie retentit et tira la jeune femme de ses pensées. Ce devait sûrement être sa mère qui revenait de chez son amie tata Aida. Elle traversa le salon et ouvrit directement la porte sans demander qui c’était et fut bien surprise de voir tonton Moustapha sur le pas de la porte. « Tonton Moustapha, quelle surprise ! » fit elle en lui adressant son plus beau sourire tout en l’invitant à entrer « Ma fille, comment vas-tu ? Et comment va ta mère ? » « Bien, elle est sortie mais elle va rentrer d’un instant à un autre » « Ah d’accord, à vrai dire c’est toi que je suis venu voir » A ce moment-là une idée traversa l’esprit de Mariame : était-il venu pour essayer de rétablir les ponts entre elle et son fils qu’elle avait complètement oublié ? Mariame l’invita à s’asseoir et lui proposa des rafraichissements qu’elle alla récupérer dans la cuisine. De retour au salon elle lui servit un verre de jus de fruits tandis que tonton Moustapha regardait d’un air attendri le petit Thiaat « Il a grandi ! » « Oui, c’est un petit bout d’homme maintenant » reprit la jeune femme tout en observant gentiment son petit frère. Tonton Moustapha but une gorgée du jus que lui avait servi Mariame et se râcla la gorge « Mariame… » Le cœur de la jeune femme battit à la chamade à ce moment-là, oui, peut être voulait-il rétablir les liens avec son fils, il avait l’air si sérieux… Mais quoi qu’il en soit elle n’accepterait pas, son cœur était à Pape Aly « J’ai un ami qui travaille dans une importante entreprise de la place et qui cherche une jeune collaboratrice qu’il souhaiterait former… J’ai tout de suite pensé à toi, au vu te ton profil et de ta formation, je pense que tu pourrais correspondre à ce qu’il recherche » dit tonton Moustapha tout en lui tendant une feuille sur laquelle figurait l’offre d’emploi. Mariame resta muette un instant et fixa la feuille : tonton Moustapha était vraiment bon et attentif à son égard, au bout d’un moment où elle lut l’offre d’emploi qui correspondait effectivement à son profil, elle s’adressa à tonton Moustapha : « Merci tonton, je te suis vraiment reconnaissante et apprécie toute l’attention que tu me portes, oui ce poste m’intéresse » « Ah c’est super ! J’avais déjà parlé de toi à mon ami… A vrai dire c’est Adama qui avait eu connaissance de cette offre et qui a directement pensé à toi, il a donc beaucoup tenu à ce que je t’en fasse part. « Ah, c’est vraiment gentil de sa part, je l’appellerai pour le remercier » répondit la jeune femme dont le regard poliment baissé fixait la feuille sur laquelle figurait l’offre d’emploi. « Bien, je vais y aller » reprit calmement tonton Moustapha tout en se relevant du fauteuil où il était installé « tu salueras ta mère de ma part à son retour » « Oui » acquiesça la jeune femme tout en le raccompagnant. Lorsqu‘elle referma la porte, la jeune femme ne put s’empêcher d’esquisser des pas de danse sous le regard amusé de son petit frère qui se leva pour en faire autant, elle le prit dans ses bras et le fit tournoyer tandis que le petit éclatait de joie. Elle le déposa ensuite et toutes ses pensées irent vers sa mère et Pape Aly à qui elle avait hâte d’annoncer la bonne nouvelle. Dans le grand salon de la résidence de la famille Diop, Yaye Maimouna allait et venait entre la cuisine où mijotait le bon repas du samedi et le séjour où Pape Aly consultait les dossiers importants qu’il devait finaliser pour le lundi. Etant revenus de la fête de remise des diplômes de Sylvia, ce dernier n’avait pas perdu un seul moment et s’était plongé dans son travail. « Tu n’as donc pas fait part à Sylvia de ta volonté de la quitter ? » demanda Yaye Maimouna à son fils. « Je le lui ai clairement expliqué mais elle fait la sourde oreille répondit sans grande attention le jeune homme qui ne quittait pas des yeux l’écran de son ordinateur PC. Yaye Maimouna ferma alors l’ordinateur de son fils qui le regarda d’un air de protestation sans dire un mot et elle s’installa en face du jeune homme. « Pape je ne sais pas si tu t’en rends compte mais c’est sérieux, nous parlons de ton avenir donc je pense que tu pourrais suspendre ton travail un moment pour que nous puissions en parler sereinement et sérieusement » Pape Aly étendit ses jambes et s’étira tout en regardant la pile de dossiers qui était posée sur la table. C’est vrai qu’il ne prêtait plus attention aux délires de Sylvia, et tout cela par ce qu’il en avait assez, en fait elle lui pompait l’air à vouloir s’attacher à lui alors qu’il lui avait expliqué l’état de ses sentiments. Il était lassé Il était épuisé de lui faire comprendre la chose Il se redressa et regarda sa mère « Maman, tu sais que je n’aime pas tourner autour du pot et que je suis toujours clair dans mes propos. Sylvia, yague nako khamal né (je lui ai longtemps fait savoir que) je ne veux pas l’épouser, et cela avant mon départ pour les Etats Unis, il y a quelques jours je lui ai explicité que notre relation était terminée mais elle s’entête et ne veut pas me lâcher… Je n’ai jamais manqué de respect à une femme, mais celle-ci, je ne sais pas comment je pourrais la considérer, elle s’acharne alors que je ne l’aime plus, elle se ridiculise et elle se fera prendre à son propre jeu car le fait que je reste calme ne veut pas dire que je me laisse faire. Je suis très patient, et si je reste ainsi c’est par respect pour sa mère qui est ton amie et qui est comme une tante pour moi, mais si ce n’était elle Sylvia n’oserait même pas annoncer en public à qui veut l’entendre que nous nous marions bientôt » Yaye Maimouna observa son fils, pensive : son regard confirmait la véracité de ses propos, ça se voyait qu’il n’aimait plus Sylvia mais alors pourquoi s’entêtait elle à aimer un homme qui ne l’aimait plus ? « Sa mère m’a consultée afin que nous fixions la date de votre mariage, j’étais assez surprise lorsqu’elle m’en a parlé. Je te conseille de lui parler directement car apparemment Sylvia ne lui a rien dit » « Ne t’inquiètes pas maman, j’ai l’intention de le faire demain matin s’il plait à Dieu car cette situation est assez agaçante » « Très bien, je te laisse travailler » Pape Aly ouvrit alors son ordinateur et continua à s’atteler à son travail, mais cette fois ci son esprit était ailleurs, il pensait à Mariame, la reine de son cœur. « Je suis très fière de toi mon amour » lança la belle Lallah à son Malal qui venait juste de se garer à l’entrée de la maison de la jeune femme. « Merci mon cœur, je vais enfin pouvoir entrer dans la vie active ! Dès la semaine prochaine je vais commencer à déposer des CV et des lettres de motivation un peu partout, j’ai déjà ciblé quelques entreprises et certains m’ont appelé pour des entretiens » dit-il à sa Lallah « Dina bakh Inch Allah (ca ira), j’y crois » répondit-elle « Yalla bakhna, et après nak lou si nara dess Inch Allah ? (que après, que faudra-t-il faire ?) » demanda-t-il tout en regardant sa belle d’un air taquin et complice « Je ne sais pas dé » dit-elle toute souriante, en faisant semblant de ne pas comprendre. « Han tu ne sais pas, kharal rek ba sama nidiaye yi teew sen gallé » (attends que mes oncles viennent rendre visite à tes parents). Lallah rit de bon cœur et lui répondit qu’elle en sera heureuse. « Okay donc je te dis à bientôt » lui dit Lallah tout en sortant de la voiture « Passe à la maison demain Inch Allah, mes sœurs n’arrêtent pas de demander de tes nouvelles ! Et de plus ma mère souhaite te voir… » dit il tout en la regardant d’un air malicieux « D’accord…C’est à quel sujet ? » demanda Lallah « Tu verras » dit le jeune homme « Okay, demain je viendrais alors » répondit Lallah sans trop se soucier du motif de l’entrevue avec sa mère, comme elle la connaissait bien et avait tissé une certaine complicité avec elle. « Passe déjeuner comme ça nous passerons plus de temps ensemble » reprit le jeune homme « Ca marche, bon je vais quand même descendre de ta voiture » le taquina Lallah avant de sortir du véhicule du jeune homme qui lui envoya un baiser de la main, elle lui sourit tout en le lui renvoyant à son tour et entra dans l’immeuble. En entrant dans l’appartement elle trouva Mariame qui venait de raccrocher du téléphone. « Alors et ta fête ça a été ? » lui demanda sa grande sœur tout en la gratifiant d‘un grand sourire Lallah s’installa alors à ses côtés et s’empressa de lui raconter le déroulement de la fête et lui confia la volonté de Malal de l’épouser « Je suis heureuse pour vous, mais garde cela en secret ba lepp soti Inch Allah (mais garde cela en secret pour le moment) » lui conseilla sa sœur « Moi aussi j’ai une heureuse nouvelle à t’annoncer : tu sais tonton Moustapha était passé tout à l’heure, et m’a proposé un emploi » « Oh je suis trop contente pour toi ! » s’exclama sa sœur qui était toute heureuse « Merci ma belle, je vais d’ailleurs me préparer tout de suite car Pape Aly va passer me récupérer d’un instant à un autre » dit Mariame tout en se levant « Ah oui, Pape Aly… » fit Lallah d’un air sceptique tout en repensant à leur rencontre à la fête de remise de diplôme et à l’annonce qu’avait fait cette jeune femme qui apparemment était sa fiancée, et elle se demanda si elle devait en parler à sa sœur…Pape Aly était en train de se jouer d’elle et de ses sentiments, il allait se marier et allait délaisser la sœur, oui, il fallait qu’elle lui parle, elle prit alors son courage à deux mains et se lança : « Au fait j’ai rencontré Pape Aly à la fête de remise de diplômes… » « Ah oui ? » « Oui, en fait il était venu assister à la remise de diplômes d’une jeune femme qui prétend être sa fiancée… Une certaine Sylvia… » Donc Pape Aly entretenait toujours sa relation avec Sylvia ? Pourtant elle était bien témoin de leur rupture…A moins qu’ils se soient réconciliés entre temps…Sylvia était la fille d’une proche amie de la mère de Pape Aly, peut être cette dernière a-t-elle insisté pour que son fils retourne avec Sylvia ? « Ah bon ? » « Oui » répondit sa sœur, tout en passant sous silence le fait qu’ils allaient bientôt se marier car elle savait que cela blesserait sa sœur, elle en savait déjà assez et ce Pape Aly devait prendre ses responsabilités et lui dire la vérité. « Merci de me l’avoir dit, je tirerais tout ceci au clair avec lui » déclara Mariame avant de se retirer dans sa chambre. Prise de colère, elle sortit son téléphone portable et décida d’appeler le jeune homme afin de tirer l’affaire au clair et d’annuler leur rendez-vous, le téléphone sonna une fois puis deux fois puis…Elle raccrocha et respira bruyamment. « Pape Aly est un type bien, il doit sûrement se passer quelque chose » se dit elle tout en observant la ruelle de la fenêtre de sa chambre. Elle décida alors d’aller se préparer et d’attende le jeune homme qui allait venir d’un moment à un autre, lorsqu’ils seraient ensemble, ils discuteront plus sereinement. Une heure plus tard, Pape Aly sonnait à la porte de Mariame qui lui ouvrit. « Bonjour Pape, entre » lui fit-t-elle d’un ton neutre « Bonjour ma belle, merci » lui fit il Mariame l’invita à l’attendre au salon où se trouvait sa sœur qui regardait la télévision pendant qu’elle allait récupérer son sac qui était dans sa chambre « Bonjour Lallah » fit le jeune homme à la sœur de Mariame « Bonjour Pape Aly » lui fit elle d’une voix glaciale. Elle se leva pour vérifier que sa sœur fut assez loin et qu’elle ne les entende pas puis s’approcha du jeune homme « Ma sœur n’est pas le jouet avec lequel tu t’amuseras avant de le jeter comme un mouchoir, tu ferais mieux de lui dire la vérité sinon je le lui dirait à ta place » « Ta sœur est loin d’être un vulgaire jouet à mes yeux et mon but n’est pas de m’amuser avec elle Lallah » fit-il en regardant la jeune femme droit dans les yeux « Ce qui s’est passé tout à l’heure est un coup monté que je vais régler et Sylvia n’est plus ma fiancée depuis que j’ai entamé ma relation avec ta sœur » continua-t-il dans un ton ferme et posé sans quitter une seconde la jeune femme des yeux. Gênée de s’en être prise à lui à tort mais heureuse d’être fixée sur les intentions de Pape Aly, Lallah insista une dernière fois sur le fait que sa sœur mériterait tout son respect avant de se rasseoir. Quelques instants après Mariame ressortit de la chambre et Pape Aly et elle saluèrent Lallah avant de quitter l’appartement. Pape Aly comprenait mieux l’attitude distante dont faisait preuve Mariame : sa sœur avait dû lui expliquer la scène montée par Sylvia. Le couple s’installa dans la voiture et sans perdre un instant Pape Aly tira l’affaire au clair avec Mariame comme il n’aimait pas cette distance entre eux deux. Mariame se sentit soulagée après qu’il lui eut tout expliqué, mais voyait à présent en Sylvia une adversaire.


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