“Memories”, Mariame

lun. 30 nov. 2020, Mariame, par Bessy

Il replongea dans ses pensées, à la recherche de ce souvenir oublié, essayant d’associer à cette voix un visage, un moment, et là il vit une belle jeune femme souriante toute délicate et dégageant une forte personnalité ainsi que beaucoup de bravoure vêtue d’une taille basse en wax vendant des fruits et légumes au marché.

Sous ce chaud soleil de midi Mariame retirait les habits qui avaient séché sur les fils à tendre le linge. Maintenant qu’elle les avait tous récupérés, elle les plaça dans un grand manier en osier qu’elle porta ensuite jusque dans la véranda où l’attendaient sa table et son fer à repasser. Elle s’essuya le front et se motiva à entamer les travaux de triage et de repassage. Pas un seul bruit dans la maison, Olivia la cuisinière se reposait dans la chambre comme elle n’attendait que le retour d’Anna et Maïna qui n’allaient pas tarder à arriver pour servir le repas de midi, c’est donc dans ce climat de tranquillité qu’elle avait entamé ses travaux domestiques. Après avoir réparti les vêtements en tas correspondant chacun aux propriétaires des habits, ses mains se dirigèrent machinalement vers les chemises de Pape Aly. Elle s’empara de l’une d’elles et la porta tout contre sa poitrine, elle ne put s’empêcher de sentir le tissu qui était toujours imprégné de son parfum qui avait résisté à la douce senteur de la lessive. « Pape Aly…m’as tu oublié ? Moi je n’ai cessé de penser à toi depuis toutes ces longues années » se dit elle intérieurement. Quelle est cette sensation si bizarre qui s’emparait d’elle au contact de ses vêtements ? Ce sentiment de béatitude mélangé à une petite note de peur Peur de se sentir faible face à lui Peur de lui dévoiler ses sentiments Peur de ce qu’en penseront les autres…Oui car elle n’avait pas oublié la remarque d’Olivia dont chaque phrase émanant de sa joyeuse voix résonnait encore dans sa tête. « Famille bi dafa beug lou riche té nekh, ay guewel lagnou (cette famille aime les bonne choses, elle est issue d’une lignée griotte) » En se rappelant ces propos Mariame se détacha de la chemise et se mit à la repasser, tout en restant plongée dans ses pensées : « Comment une noble lingère GEER pourrait avoir des sentiments pour un cadre GUEWEL (griot) ? » Ah non, lolou warou fi am (cela ne doit pas se passer comme ça) puisqu’on ne doit tomber amoureux que d’une personne de son « rang » ! Non non, nous ne sommes pas tous égaux car certaines gens sont meilleures que d’autres comme elles sont nées dans telle ou telle famille ! Mais cela on ne le dit pas, on joue tout simplement aux hypocrites. Un noble n’épouse pas son servant, ceci l’homme l’a décidé, il en souffre mais c’est comme ça et ça ne doit pas changer « fi lagnou ko fek fi lagnou key bayi » bien qu’il s’agisse de la pire des injustices. Mariame -la-noble repassa alors les vêtements de Pape-le-servant-cadre qu’elle porta quelques instants après dans la chambre de ce dernier. Quelques instants après la sonnerie de la maison retentit, laissant s’échapper la joyeuse voix d’Anna qui avait ce dont d’égayer tous les endroits dans lesquels elle se trouvait par sa joie de vivre. En effet, en trois semaines de travail chez la famille Diop, Mariame a pu se familiariser avec les comportements de chacun, Anna était une jeune fille adorable qui lui témoignait beaucoup de sympathie, elle avait également remarqué qu’elle était aussi très complice avec Pape Aly. Maïna, quant à elle, était plutôt capricieuse, elle était distante avec elle et elle avait tout de suite senti qu’elle avait une vision très limitée d’elle , à savoir qu’elle ne la considérait que comme la lingère payée pour bien faire son travail, rien de plus, elle avait oublié qu’elle était également un être humain comme elle, avec une vie, une histoire, des amis, des centres d’intérêt, des objectifs dans la vie. Une personne comme elle et comme nous tous. En ressortant de la chambre, elle croisa Maïna qui était scotchée à son téléphone portable et qui la dépassa sans un mot ; Anna, qui la suivait fit un grand sourire à Mariame et la salua. « Comment vas-tu Mariame, pas trop fatiguée de ta journée ? » « Ca va, et toi ? Comment se sont passés les cours ? » « Oulala ne m’en parle même pas, tangue leu def (c’est dur ), parfois je me demande même si j’obtiendrai mon bac cette année, d’autant plus que mon prof de maths me fait la misère » « Maths ? C’est facile, waw boul wakh dara ( ne t’inquiètes pas) tout à l’heure je t’aiderai dans tes révisions » Anna marqua une petite pause, comment Mariame pourrait-elle l’aider à réviser? Elle n’était après tout qu’une lingère…Mais ne voulant pas la vexer, elle accepta son aide sans laisser paraître la moindre réticence en se disant que dans tous les cas Pape Aly l’aidera dans ses révisions à son retour comme il le lui avait promis la veille. Lorsqu’elle eut fini son travail, Mariame se préparait à rentrer chez elle, elle se rappela alors qu’elle devait aider Anna à réviser, elle n’eut même pas besoin d’aller la chercher comme elle était assise sur la table du salon à réviser. « Ca va ? » lui demanda t elle ? Anna se retourna et afficha une mine dépitée qui en disait long sur son agacement dû à l’incompréhension de sa leçon. «Fais voir » lui demanda Mariame tout en se rapprochant d’elle, Anna poussa vers elle son livre tandis que Mariame s’installait sur la chaise qui était placée juste à côté d’elle. Pendant une minutes Mariame lut la leçon, c’était un sujet qu’elle avait étudié dans le cadre de sa formation, elle se mit alors à expliques le cours d’une manière très simple à Anna tout en lui faisant des schémas qui décrivaient ses propos. Anna s’étonnait de constater qu’elle comprenait parfaitement bien la leçon au fur et à mesure que Mariame progressait dans son raisonnement et un sourire venait s’épanouir sur son visage au fil de son explication. Lorsque Mariame eut terminé, Anna comprenait quasiment la leçon, elle remercia alors Mariame qui se releva pour rentrer chez elle. Mariame avait bluffé Anna qui n’en revenait toujours pas. « Eh ben dina nopal Aly tey (Aly pourra se reposer puisque j’ai assimilé ma leçon » se dit elle intérieurement tout en rangeant joyeusement ses cahiers . Plus tard dans la soirée, après avoir mangé, Pape Aly frappa à la porte d’Anna qu’il ouvrit après que cette dernière lui ai dit d’entrer. Celle dernière avait son casque aux oreilles et lisait son roman préféré « Athia djougueul gnou diangue (allez lèves toi nous allons réviser) » lui dit il tout en lui jetant un oreiller par-dessus l’épaule « Heeeey » fit Anna en guise de protestation, « yow laisse moi tranquille Mariame m’a tout expliqué » « Mariame mo la expliqué sa leçon ? » reprit-il en plissant ses beaux yeux noirs, l’air incrédule « Waw, regarde » lui dit elle tout en lui tendant son cahier. Elle regardait Pape Aly d’un air amusé comme les yeux de ce dernier s’agrandissaient au fur et à mesure qu’il parcourait les schémas et raisonnements de Mariame. « Mais ki crack la dé (c’est un crack) » dit il tout en souriant et en remettant son cahier à Anna « Guissgua dé (tu as vu) j’ai un nouveau professeur, mais tu resteras toujours mon préféré » lui dit elle tout en lui faisant une bise sur la tête pour le taquiner. « Ah je n’aurais pas pensé, en tout cas diapalénama (c’a m’arrange) car je me sens fatigué , je te laisse petite sœur, bonne nuit » lui dit il tout en lui faisant une bise sur le front « Merci Papou » Pape Aly referma la porte de la chambre de sa sœur puis rejoignit la sienne où il s’affala tout de suite sur son grand lit et se retourna sur son coté droit, faisant face à la grande baie vitrée donnant sur leur jardin. Il ferma les yeux et l’image de Mariame lui vint à l’esprit, il se souvint la de délicatesse de ses gestes, sa simplicité, son beau visage et de sa douce voix posée…Il ne l’avait vue qu’une seule fois depuis qu’elle avait commencé à travailler chez eux mais c’était comme s’il la connaissait depuis une éternité, cette douce voix ne lui était pas inconnue. Il replongea dans ses pensées, à la recherche de ce souvenir oublié, essayant d’associer à cette voix un visage, un moment, et là il vit une belle jeune femme souriante toute délicate et dégageant une forte personnalité ainsi que beaucoup de bravoure vêtue d’une taille basse en wax vendant des fruits et légumes au marché. Il ouvrit alors ses yeux « Elles se ressemblent tant ! serai ce elle ? » Un sourire se dessina alors sur son visage et à ce moment là une vague de bonheur dont il ne savait d’où elle provenait l’envahit. Il ferma alors ses yeux à nouveau et il se mit à penser au doux sourire de la vendeuse qui était si jeune à l’époque, il ne lui avait pas prêté une grande attention en ces temps là, mais il admirait secrètement sa bravoure. Il décida alors à ce moment qu’il en saurait plus sur Mariame .


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