Lalah, la fille « hors normes », Mariame (7)

ven. 25 sept. 2020, Mariame, par Bessy

« Désolé mais vingt trois heures je ne pourrais pas… » reprit elle, j’aurais des choses à faire le lendemain matin et je ne voudrais pas que la soirée m’aie épuisée.

Le cours magistral de droit général tirait à sa fin et le professeur annonçait aux étudiants les prochains devoirs à venir avant les partiels. Lalah notait scrupuleusement les dates dans son agenda sous le regard amusé de Madior qui l’observait depuis un moment. Madior : « Boy kharagn gua dé ! » Lalah lui répondit par un beau sourire et se leva comme ils avaient terminé leurs cours par cette journée qui avait été très chargée et qu’ils devaient maintenant libérer l’amphithéâtre pour laisser place aux étudiants de deuxième année qui attendaient déjà à la sortie de la salle. Elle attendit toutefois que son camarade finisse de rassembler ses affaires pour quitter la salle avec lui. En descendant les escaliers du grand amphithéâtre, Lalah aperçût Binta, l’une des trois filles avec qui elle avait déjeuné il y a maintenant une semaine, qui secouait énergiquement les bras en sa direction, elle lui répondit par un large sourire et lui fit un discret coucou de la main avant de poursuivre son chemin et de quitter l’amphithéâtre. Madior, d’un air surpris : Tu connais ces filles là ? Lalah : « Oui, je leur passe de temps en temps mes cours, rien de plus » Madior : « Gnii daal elles ne m’inspirent pas confiance, elles assimilent l’université à un podium et elles n’ont pas du tout des comportements d’étudiantes sérieuses » Lalah garda le silence comme elle n’aimait pas trop parler des autres, mais elle reconnaissait la véracité des propos de son camarade et se contenta de secouer la tête en signe d’approbation, et à Madior de poursuivre « En plus je ne sais pas si tu es au courant mais on prête même une relation entre monsieur Bâ et la fille élancée et claire de peau là » Lalah, toujours silencieuse reconnut Fafa à travers la description de Madior « En tous cas fais bien attention à elles » reprit il. Il marqua une courte pause le temps qu’ils traversent l’une des petites ruelles de l’université qui débouchaient à sa sortie puis il enchaîna : « Tu sais tu es une fille très différente des autres, je t’apprécies par ton sérieux, ton respect envers toi même et à l’égard des autres, il faut vraiment faire attention à tes fréquentation, car comme on le dit une tomate pourrie contenue dans un sac ne comprenant que des tomates saines peut vite les gâter…donc fait gaffe ! » Lalah : Ne t’inquiètes pas, mes relations avec elles sont limitées, je me contente de leur passer mes cours, rien de plus. Aussi je sais très bien les raisons qui m’ont menées à l’université et je ne compte pas dévier ! Madior, rassuré sur ces paroles réconfortantes, raccompagna son amie jusqu'à son arrêt de bus où il la laissa après lui avoir souhaité une bonne route. Lalah patientait dans l’Abribus tout en pensant aux conseils de Madior… Il avait raison et elle n’avait pas l’intention de se laisser manipuler par qui que ce soit, elle savait très bien les limites de leurs relations et ne voulait en aucun cas ressembler à ces filles. C’est pendant qu’elle pestait maintenant intérieurement contre le retard du bus qu’une voiture s’arrêta devant elle. Elle ne reconnu pas tout de suite la voiture mais lorsque la vitre se baissa, laissant s’échapper une assourdissante musique de R’n B et faisant découvrir le séduisant visage du conducteur que Lalah reconnut Malal, le gentil jeune homme qui les avait invité à déjeuner là dernière fois. Malal, de son plus beau sourire : « Bonjour Lalah, comment vas tu? » Waaw ki fatéouma dé ! Il se rappelle encore de mon prénom ? Se disait elle « Oui ca va bien et toi ? » « Super ! Guejnala guiss ! » « C’est vrai…si tu cherches les filles je pense qu’elles sont encore à l’intérieur de la cité, je les avait laissées derrière moi » Aussitôt ces paroles sorties de sa bouche, Lalah se demandait pourquoi elle lui parlait des filles alors qu’il lui demandait de SES nouvelles à elle… Peut être était ce un moyen de lui échapper et d’éviter qu’il ne lui propose de la déposer chez elle. Malal fit un petit sourire intimidé pendant que la vitre de la porte arrière descendit, laissant s’échapper les rires des trois filles « On est là dé ! On a pris un raccourci ! » dit Fafa « Toi là pourquoi tu ne m’a pas attendue à la sortie des cours, j’allais te proposer de rentrer avec nous » repris Binta, qu’elle avait saluée quelques minutes plus tôt à l’amphi. « On te dépose ? » proposa Malal, dont on pouvait voir la joie dans les yeux à la vue de Lalah « Euh… Non merci je préfère attendre…une prochaine fois peut être ». « Tu risques d’attendre un bon moment, il y a beaucoup d’embouteillage derrière…J’en reviens juste et ton bus n’est pas prêt d’arriver tout de suite » reprit il, espérant qu’elle cédera « Yow arrête de faire ta timide, gnoune rek la nak, on ne va pas te manger » reprit Fafa Malal se retourna et jeta un regard réprobateur à Fafa, il n’aimait pas le ton qu’il employait en parlant à Lalah, il l’avait déjà remarqué au restaurant la dernière fois et cela l’insupportait, il aimait voir Lalah à l’aise et n’aimait pas qu’on la bouscule de la sorte… Il ne savait pas pourquoi, mais il se surprenait à vouloir la protéger et la défendre à chaque instant, elle était si petite, si respectueuse et aimable, si…différente ! « Tu es sûre ?…En tout cas je peux te déposer en cours de route, ça ne me dérange pas du tout et ce serait avec plaisir », reprit t il d’une voix douce et rassurante, ne la quittant toujours pas des yeux. Lalah accepta l’invitation de Malal et s’installa à l’avant comme c’était la seule place disponible, mais elle se sentait toutefois gênée d’être aussi proche de lui. Elle referma la porte et demanda à Malal de la déposer dans le premier carrefour comme elle devait faire une petite course avant de rentrer chez elle. « Ouuh Malal yakamtina sa birthday party bi ! ! je te jure, j’ai hâte d’être à ce week end ! » commença Binta. Malal l’observa un moment à travers son rétroviseur pendant qu’elle faisait une petite moue séductrice, il hocha la tête et sourit tout en se retournant vers Lalah. « J’organise ma fête d’anniversaire ce week end, ca me ferait plaisir que tu vienne Lalah… » Lalah ne savait plus où se mettre et à ce moment même elle regretta d’être rentrée dans la voiture..cheuteuteut… Le voilà qui voulait l’inviter nak. « Euh, je ne sais pas trop, c’est quand et à quelle heure ? » répondit elle. « Ce sera samedi soir à partir de vingt trois heures… Tu n’as pas d’excuses car je ne pense pas que tu aie quelque chose à faire à partir de cette heure là » lui répondit Malal un brin taquin. Lalah chercha une excuse pour ne pas venir et ne parvenait pas à trouver un prétexte valable…Mais vingt trois heures, c’était tard, jamais sa mère ne la laisserait sortir à cette heure là « Mais à vingt trois heures je ne pourrais pas car il se fera tard quand même » répondit elle d’une toute petite voix Fafa, Bintou et Raissa s’esclaffèrent de rire Raissa : « Waaw Lalah dis moi rek dans quelle planète tu vis ? Vingt trois heures « il se fait tard ». ? Tu sais que les soirées commencent à minuit d’habitude ? Tu sais ca au moins, rassures moi ? ! Qu’en savait elle ? elle n’était jamais allée en soirée, Lalah. Et à Fafa de rajouter son grain de sel : « Ah khamna elle daal à vingt et une heure elle aura bu son lait wala son yaourt au choix et à vingt et une heure trente dernier délai hop hop hop au lit ! » Elles rirent de plus belle à cette remarque. Malal gara alors sa voiture et se retourna, d’un air très énervé : « écoutez, soit vous arrêtez de vous moquer bêtement d’elle soit vous sortez, yenna gui beugue eupeul nak » Lalah se sentait gênée à ce moment même mais se sentait paradoxalement proche de Malal qui n’arrêtait pas de lui témoigner beaucoup de gentillesse depuis quelle l’a rencontré. « Désolé mais vingt trois heures je ne pourrais pas… » reprit elle, j’aurais des choses à faire le lendemain matin et je ne voudrais pas que la soirée m’aie épuisée. Malal réfléchit un court instant et reprit « bon, je commence ma soirée exceptionnellement à vingt deux heures alors, c’est te dire à quel point je tiens à ce que tu viennes… tu pourras cette fois ci ? Je pourrais même te déposer chez toi après si c’est pour des questions de sécurité que tu crains de rentrer tard » « De vingt deux heures à minuit au plus tard, et je te dépose juste après », reprit Malal, espérant que Lalah acceptera. Elle hésita un moment puis accepta, sous le regard étonné de Binta.


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