Justice et sagesse, Mariame

mar. 8 déc. 2020, Mariame, par Bessy

« Merci mon oncle » dit alors Pape Aly dont les phrases de son oncle avaient beaucoup rassérénés, je m’excuserais d’avoir haussé le ton avec lui car je n’aurais pas dû, cela ne m’étais jamais arrivé, mais j’étais à bout »

Cela faisait bientôt trois jours que Mariame n’avait pas eu de nouvelles de Pape Aly ly depuis sa demande en mariage. Malgré ses nombreux appels, elle demeurait toujours sans nouvelles et commençait à s’inquiéter du long silence de son homme et voulut même aller chez lui pour savoir ce qui se passait mais elle ne voulait pas arriver à l’improviste chez lui. Elle réfléchit alors en faisant défiler les contacts de son répertoire et décida d’appeler Anna, la jeune sœur d’Aly avec qui elle s’était liée d’amitié. Elle téléphone sonna plusieurs fois avant qu’Anna ne décroche. « Coucou ma chérie !! Comment vas-tu ? » dit-elle d’un air joyeux « Je vais bien ma belle, j’essaie de joindre ton frère Aly depuis un bon moment maintenant mais je n’arrive pas à l’avoir, il va bien ? » Anna resta muette un instant, puis sembla monter les marches des escaliers et Mariame entendit ensuite le bruit d’une porte qui se refermait. «Excuses moi j’avais besoin de m’isoler pour pouvoir discuter avec toi tranquillement » « Que se passe-t-il donc ? » demanda Mariame d’une voix faussement posée trahissant un brin d’anxiété. « Pape Aly a eu récemment une discussion avec les parents et depuis il se terre dans son silence, il s’enferme et ne parle à personne, même pas à moi… Tout à l’heure il s’était introduit dans le bureau de papa et j’ai pu entendre de ton de leurs voix hausser, avant qu’il n’en ressorte avec une mine très triste et renfrognée. Et hier je l’ai surpris verser une larme alors qu’il prenait l’air sur le balcon…Je ne sais pas trop ce qui se passe mais je ne l’ai jamais vu dans cet état de toute ma vie et son mutisme m’inquiète. » Mariame marqua une pause, son cœur battait à la chamade et toutes sortes d’idées lui traversèrent l’esprit, et si ses parents étaient contre leur union ? Elle sentit alors son cœur se resserrer dans sa poitrine et laissa tomber le téléphone par terre, sans même s’en rendre compte, et se laissa tomber de tout son poids sur son lit pendant que les larmes ruisselaient sur son visage. «Allo Mariame ? Allo ? » répétait Anna dont le fracas du téléphone ainsi que le silence de Mariame commençaient à inquiéter. Après plusieurs minutes durant lesquelles elle appelait son nom, elle se résolut à raccrocher et elle se dirigea vers le balcon de sa chambre donnant sur leur grande piscine. Elle avait comme le sentiment que Mariame savait la raison pour laquelle son frère se terrait dans son silence. Elle réfléchit quelques minutes et se résolut à aller discuter avec ce dernier. Elle frappa à sa porte plusieurs fois et personne ne répondit, après avoir frappé à plusieurs reprises sans réponse, elle décida d’entre dans la pièce. Tout y était parfaitement rangé et le lit n’était pas défait, Elle regarda de part et d’autre de la pièce, il n’y avait personne. Peut-être était-il dans la salle de bains? Elle frappa à la salle de bain, mais il n’y avait personne. Anna appela alors Pape Aly sur son portable mais tomba à plusieurs reprises sur la boite vocale. Où pouvait-il bien être passé ? Elle ne perdit pas plus de temps et décida d’aller à la rencontre de Mariame afin d’avoir plus d’informations. Pape Aly était face à la mer, assis sur un gros rocher, les pieds dans l’eau, observant la vaste étendue couleur azur dont les vagues au loin, dans leur danse incessante, reflétaient le brillant soleil de l’après-midi. A l’image des vagues, ses pensées étaient nombreuses et en constant mouvement, elles résonnaient dans une incessante cacophonie dans son esprit, sans même qu’il ne puisse les maîtriser… Lui qui est d’habitude si sûr de lui et qui se montrait toujours posé et savait maîtriser ses émotions éprouvait un grand moment d’incertitudes et de solitude. « Je l’ai toujours aimée et voilà qu’ils veulent me priver du bonheur d’être avec elle » se dit il intérieurement. Et le visage de Mariame apparut dans son esprit, rayonnante et belle. Des souvenirs des moments qu’il avait passé avec elle défilaient et il se remémora le son cristallin de son rire et sourit à cette pensée. «Mariame » murmura-t-il « tu ne mérites pas cela », il regarda alors son portable et vit tous les appels qu’il a reçu d’elle et auxquels il n’a pas eu le courage de répondre. Par peur de l’alerter par le son triste et maussade de sa voix Par peur de lui faire souffrir Par peur de ne plus revoir son beau sourire se redessiner sur son visage Car comme lui, Mariame l’aimait d’un très fort amour Son cœur se serra alors dans sa poitrine et il voulut pleurer, mais il se le refusa : cela allait bientôt faire trois jours qu’il versait toutes les larmes de son corps du fait de cette situation qui le rongeait intérieurement d’autant plus qu’il ne parlait à personne, il était dans une position délicate comme il voyait jour après jour sa relation avec ce qu’il avait de plus cher, c’est-à-dire sa famille, se détériorer. Il ne passait pas un jour sans que ne survienne une dispute et il n’arrêtait pas de penser à Mariame. C’était vraiment très éprouvant car il se trouvait entre le marteau et l’enclume, il ne savait que faire…Il pensa alors aller rendre visite à Mariame pour discuter avec elle car elle aussi avait droit à des explications. Quelques minutes plus tard, Pape Aly gara sa voiture en face de l’immeuble de Mariame et respira profondément, il fallait qu’il se lance. Il sortit de sa voiture et s’introduisit dans le grand immeuble et quelques minutes plus tard, ce fut une Mariame aux yeux rougis qui lui ouvrit la porte. Lorsqu’il la vit Aly la prit dans ses bras et lui caressa le dos « ça ira ma chérie » lui dit-il comme s’il avait compris la raison de ses pleurs. « Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? » demanda Mariame « Je ne pouvais pas » dit Pape Mariame l’invita alors à entrer dans le salon et Pape fut bien surpris d’y trouver sa petite sœur Anna. « Que fais-tu là ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils « Je m’inquiétais pour toi Aly, tu refusais de me parler et je voudrais t’aider Le jeune homme marqua une pause. « Comment pourrais-tu m’aider ? » « J’ai ma petite idée, tu me remercieras après ! En attendant séchez moi vos larmes mes deux chouchous et faites-moi un grand sourire ! » Anna se sentait fière d’avoir redonné espoir à son grand frère chéri ainsi qu’à Mariame qu’elle estimait beaucoup. Pendant tout le trajet Aly, qui était tout de même intrigué, demandait à sa sœur quel était son plan. Cette dernière hochait toujours la tête en souriant, se demandant comment son frère a pu oublier que leur grand-oncle, qui était imam dans leur quartier et qui était également le grand ami et confident des membres de leur famille, pouvait leur être de bon conseil et de bonne aide. Assise sur une table placée en terrasse du restaurant d’un grand hôtel renommé, Sylvia jouait avec les belles boucles de sa brillante chevelure tout en observant la mer d’où provenait l’agréable vent de début de soirée qui venait caresser délicatement son visage. En réalité elle réfléchissait et se demandait ce qu’elle faisait là et comment Henry a-t-il pu la convaincre jusqu’à ce qu’elle accepte son invitation. Avait-t-il réellement insisté ? En fait non… Quelques jours après leur rencontre, il était venu lui rendre une courte visite de courtoisie comme il revenait du travail. Il avait même eu l’occasion de revoir ses parents qui l’ont accueilli très chaleureusement comme ils avaient gardé de bons souvenirs du jeune homme. A l’issue de cette visite, il lui avait proposé un rendez-vous afin qu’ils puissent discuter « entre amis », ce qu’elle accepta après avoir longuement hésité. Ce dont elle se rappelle également, c’est qu’elle avait cette même sensation qu’elle avait éprouvé lors de leur dernière rencontre. Elle ne saurait dire ce que c’était mais c’était un mélange de regret, de gêne et de bien-être, son cœur battait davantage, cette sensation ressemblait à celle qu’elle avait eu la toute première fois qu’elle avait fait sa connaissance, c’était aussi cette sensation qu’elle avait eu lorsqu’elle a rencontré Aly pour la toute première fois. Etait-ce de l’amour ? Ce serait bien tôt pour le l’affirmer Elle se retourna vers le comptoir et vit Henry qui s’approchait tout souriant avec deux verres joliment décorés et contenant les jus qu’ils avaient commandés. Elle ne put s’empêcher de répondre à son beau sourire. « Ca va ? » lui dit-il tout en posant face à elle un verre Elle hocha la tête en guise de réponse «Depuis quand est tu devenue si timide Maria Sylvia Valdez? » la taquina Henry qui souhaitait détendre l’atmosphère comme ils étaient restés très silencieux depuis leur arrivée. Sylvia se contenta de sourire, en fait elle n’était pas intimidée, mis elle était gênée. Gênée de la manière dont elle l’avait quitté dans le temps Gênée de s’apercevoir qu’Henry ne semblait pas lui en vouloir aujourd’hui Gênée de ce sentiment qui la trahissait de plus en plus lorsqu’elle était en sa présence. Comment pouvait-elle souffrir de de sa récente rupture avec Aly et ressentir aussi vite un sentiment s’apparentant à l’amour envers un autre que lui ? C’était bien étrange A moins que l’amour qu’elle avait ressenti pour lui quelques années auparavant ne se soit jamais éteint et soit resté là, quelque part dans son cœur… « Je te dois des excuses Henry, je me suis très mal comportée avec toi quelques années auparavant, lorsque nous étions ensemble, et aujourd’hui j’en suis toute gênée » lui dit-elle franchement, tout en n’osant pas le regarder Henry resta silencieux un moment, il ne s’attendait pas à ce qu’elle s’excuse, cette surprise fut fort plaisante et il lui affirma qu’il avait oublié cela et qu’il avait mis cela sur le compte de la jeunesse. Sylvia se sentit soulagée d’avoir été excusée et se sentit plus légère pendant le reste de la soirée qui était très agréable et riche en humour. Henry n’avait pas perdu cette qualité d’égayer et de mettre la joie dans le cœur des autres, ce qui avait séduit la jeune femme dans le temps, et elle s’apercevait au fur et à mesure que leur discussion progressait que le charme continuait toujours à opérer. Elle apprit par ailleurs qu’Henry travaillait dans une ONG internationale, et que dans le cadre de ses missions, il a pu rencontrer Tony, l’ancien fiancé de Rosalie. Il lui confia aussi que leur attitude lors de leur rencontre au restaurant avait beaucoup affecté Tony, qui d’après lui, avait toujours des sentiments pour Rosie, mais étant un homme discret et qui n’aimait pas parler des soucis des autres, Henry s’en tint à cela et n’en dit pas plus. Aussi bizarre que cela puisse paraître, il ne lui posa aucune question sur sa vie affective et ne lui parla pas de la sienne. Après cette agréable soirée, Henry ramena une Sylvia plus détendue et épanouie chez elle. « Vous êtes arrivée à destination princesse » dit-il en se garant sur le trottoir faisant face à sa maison » « Tu ne changeras jamais » dit Sylvia tout en riant « Pourquoi donc, si c’est ce qui te fait rire et sourire ? » Sylvia marqua un silence et sentit ses oreilles se réchauffer, elle était toute gênée, et si ce n’était la faible lumière éclairant l’intérieur de la voiture du jeune homme, Henry se serait aperçu qu’elle commençait à rougir. « Je te remercie de cette soirée Henry, je me suis beaucoup amusée » « Moi de même Sylvia » dit-il « Au revoir » dit-elle en sortant, après lui avoir fait une bise « A bientôt » dit-il dans un grand sourire avant de la voir s’éloigner et de redémarrer sa voiture. Lorsqu’elle rentra chez elle, elle se sentait bien, malgré le fait qu’elle était un peu fatiguée du fait de la journée chargée qu’elle a eue. Elle avait beaucoup appréciée la compagnie d’Henry et en venait même à oublier Aly, ce qui la rendait heureuse. Après s’être préparée à se mettre au lit, ses pensées retournaient vers Henry, et elle se demanda pourquoi il ne lui avait pas parlé de sa situation amoureuse, peut être lui cachait-il qu’il avait une copine ? En avait-il une ? Sylvia hocha la tête et pensa qu’il pouvait faire ce qu’il voulait, mais au fond de son cœur, elle voulait en savoir davantage sur sa situation amoureuse. Elle décida alors de s’endormir et de discuter avec Rosie le lendemain, elle avait pleins de choses à lui raconter ! Le soleil allait bientôt entamer son ascension dans le ciel lorsque le muezzin appelait les fidèles à la prière de l’aube dans quartier résidentiel dans lequel résidait la famille Diop. Un jeune homme habillé en caftan blanc traversait la petite ruelle le menant à la mosquée. Pape Aly avait pris l’habitude de se rendre à la mosquée pour effectuer la prière de l’aube. A cette heure la mosquée était essentiellement remplie de pères de familles et de personnes âgées ainsi que de quelques femmes, il faisait partie des quelques jeunes qui s’y rendaient le matin. Il ressentait une intense sérénité et une grande paix intérieure dans ce lieu de dévotion, ce dont il avait particulièrement besoin dans cette période difficile qu’il traversait. Après avoir effectué sa prière avec soin, alors que la mosquée commençait à se vider peu à peu, le jeune homme décida de discuter avec son oncle qui était également l’imam de la mosquée, qui était resté dans la salle de prière où il égrenait son chapelet. Cet homme lui avait toujours inspiré un profond respect du fait de sa sagesse remarquable et du fait de sa bonté et de sa dévotion, et en s’adressant à lui, il s’avait qu’il s’adressait à un bon conseiller et à une personne qui serait à l’écoute. Aussitôt il remercia intérieurement sa chère sœur Anna de lui avoir conseillé de le voir. Il attendit que son oncle eut fini ses prières avant de s’adresser à lui. « Bonjour mon oncle, comment vas-tu ? » dit-il dans un ton encore plus posé, tout en lui tendant la main « Bonjour mon fils, je vais bien par la grâce de Dieu Tout Puissant, et toi, comment vas-tu ? Et tes parents ? Comment vont-ils ? » « Je me porte bien mon oncle, Dieu merci, et mes parents aussi » « Très bien, tu souhaiterais me parler ? Assied toi donc » Pape Aly s’assit alors face à son oncle et se livra à lui, il lui fit part de son chagrin et de ses interrogations. « Mon fils, le soucis que tu endures l’est, l’a été et le sera pour beaucoup d’autres personnes dans le même cas que toi. Mais saches une chose, c’est que le seul critère de distinction valable dans ce bas monde entre les hommes est la foi et donc la bonté, et c’est ce même critère qui devrait être pris en considération dans nos choix, à savoir choisir ce qui est bon, juste, licite et plait à Dieu. Je connais Mariame, j’ai eu à la rencontrer et je peux te dire que c’est une bonne femme, pieuse, pudique et respectueuse, ton choix a donc été fondé sur les bons critères. D’une autre part je comprends ta tristesse, mais tu n’aurais pas dû hausser la voix face à ton père qui a beaucoup fait pour vous, mais les hommes font tous des erreurs, je te recommanderais donc de t’excuser face à lui lorsque tu te seras bien calmé, t’excuser d’avoir haussé la voix. Moi, de mon côté, je discuterais avec lui et tenterais de le faire ramener à la raison, quoi qu’il en soit, n’oublie pas que Dieu est Juste et qu’Il nous observe depuis le début, et qu’Il sera l’Ultime et le Seul Arbitre » « Merci mon oncle » dit alors Pape Aly dont les phrases de son oncle avaient beaucoup rassérénés, je m’excuserais d’avoir haussé le ton avec lui car je n’aurais pas dû, cela ne m’étais jamais arrivé, mais j’étais à bout » « Nous faisons tous des erreurs, mais tout s’arrangera ne t’inquiète pas » lui dit-il en lui tapant l’épaule pour le réconforter Sur ces paroles, son oncle lui prit les mains et y formula des prières avant qu’Aly ne le remercie du fond du cœur et ne s’en aille, soulagé de s’être confié à une personne dotée d’une grande sagesse. Bon week end à vous tous!! prennez soin de vous!!! (BIG <3)


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