Vers une récession économique mondiale en 2023

Vers une récession économique mondiale en 2023
mer. 21 sept. 2022, Sud

Hausse simultanée des taux d’intérêt : la Banque mondiale craint une récession en 2023.

Les perspectives économiques incertaines et peu reluisantes laissent planer un réel risque de récession mondiale en 2023. Le tout, sur fond d’une hausse simultanée des taux d’intérêt des Banques centrales du monde, renseigne une étude approfondie de la Banque mondiale. Les mesures prises par les Banques centrales à travers le monde pour contrer l’inflation s’avèrent inefficientes. Suivant une nouvelle étude approfondie de la Banque mondiale, la hausse générale et simultanée des taux directeurs en réponse à «l’inflation accentue le spectre d’une récession mondiale en 2023 et menace les économies de marché émergentes et en développement de crises financières qui engendreraient des dommages durables». En réponse à l’affaiblissement de l’activité économique mondiale, aux incertitudes liées à l’invasion russe en Ukraine, au resserrement de la politique monétaire pour contenir les pressions inflationnistes et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement, les banques centrales du monde entier ont augmenté les taux d’intérêt cette année avec un degré de synchronisation jamais observé au cours des cinq dernières décennies. Au rythme actuel des choses, «la trajectoire attendue des hausses de taux d’intérêt et d’autres décisions politiques pourrait ne pas suffire à ramener l’inflation mondiale aux niveaux antérieurs à la pandémie », fait savoir les spécialistes des politiques de lutte contre la pauvreté et non moins promoteurs d’une prospérité partagée de la Banque mondiale. Le doublement des taux directeurs serait périlleuse aux ménages L’étude révèle que les investisseurs s’attendent à ce que les banques centrales relèvent les taux directeurs mondiaux à près de «4 % jusqu’en 2023», soit une augmentation de plus de deux points de pourcentage par rapport à leur moyenne de 2021. Seulement, cette option est périlleuse pour les ménages et autres entreprises emprunteuses aux taux de refinancement. Puisque, lorsque le taux de refinancement baisse, la demande de crédit est stimulée et les clients seront attirés par les taux plus faibles pratiqués par les banques commerciales ; à l’inverse, la demande de crédit fléchit en cas de hausse du taux de refinancement. Toujours selon l’étude, si les perturbations de l’offre et les pressions sur les marchés du travail ne s’atténuent pas, «ces hausses de taux d’intérêt pourraient porter l’inflation mondiale sous-jacente (hors énergie) à environ 5 % en 2023, c’est-à-dire près du double de la moyenne sur cinq ans précédant la pandémie». Pour ramener l’inflation mondiale à un taux conforme à leurs objectifs, les banques centrales pourraient devoir relever les taux d’intérêt de deux points de pourcentage supplémentaires, d’après le modèle utilisé dans l’étude. Mais, si cela devait s’accompagner de tensions sur les marchés financiers, la croissance du Produit intérieur brut (Pib) mondial ralentirait à «0,5 % en 2023», soit une contraction de «0,4 %» par habitant qui correspondrait à la définition technique d’une récession mondiale. Les économies émergentes et en développement exposées ! Ce qui fait craindre David Malpass, président du Groupe de la Banque mondiale qui fait savoir que la croissance mondiale ralentit fortement et il est probable que le rythme s’accentue à mesure que de nouveaux pays entrent en récession. «Je crains fort que cette tendance se poursuive, avec des conséquences prolongées et dévastatrices pour les populations des économies émergentes et en développement», a-t-il fait savoir. Pour parvenir à de faibles taux d’inflation, à la stabilité monétaire et à une croissance plus rapide, les économistes préconisent aux responsables publics «la réorientation de leurs priorités, afin de s’attacher non pas à réduire la consommation mais à augmenter la production. Ils devraient aussi chercher à générer des investissements supplémentaires et à améliorer la productivité et la répartition du capital, des conditions essentielles pour la croissance et la réduction de la pauvreté». L’étude met en évidence les circonstances exceptionnellement difficiles dans lesquelles les banques centrales luttent aujourd’hui contre l’inflation. Selon l’étude, l’économie mondiale connaît actuellement sa plus forte décélération après une reprise post-récession depuis 1970. Sous ce rapport, la confiance des consommateurs dans le monde a fini d’enregistrer une baisse bien supérieure à celles observées dans les périodes précédant les épisodes passés de récession mondiale. Les trois plus grandes économies du monde — États-Unis, Chine et zone euro — enregistrent un ralentissement marqué. Dans cette situation, même un coup modéré porté à l’économie mondiale au cours de l’année prochaine pourrait la faire basculer dans la récession. La fin des mesures de soutien aux populations est suicidaire L’étude s’appuie sur les enseignements des précédentes récessions mondiales pour analyser l’évolution récente de l’activité économique et présente des scénarios pour 2022-2024. Selon ladite étude, «un tassement comme celui qu’on observe actuellement appelle généralement une politique anticyclique pour soutenir l’activité». Seulement, dans le cas précis, les pays aux économies faibles ne peuvent se passer des mesures de soutien des Etats, parce que les revenus de ces populations sont très faibles. Et donc, seules les politiques de soutien peuvent contrecarrer ou réduire l’aggravation de la pauvreté de ces populations, même si par ailleurs, ces politiques de soutien ne peuvent continuer ad vitam aeternam. Dans ce contexte particulier, les banques centrales doivent poursuivre leurs efforts pour maîtriser l’inflation, et l’étude souligne qu’il est possible d’y parvenir sans pour autant déclencher une récession mondiale.